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lundi 10 août 2015

Andrus Kivirähk - Les Groseilles de novembre

Les Groseilles de novembre, Andrus Kivirähk, 2000, 266 pages.

Sous la coupe d’un seigneur vivant dans son manoir, un village estonien n’en fait qu’à sa tête. Le vol est le sport national et les anciennes croyances sont toujours bien présentes malgré l’évangélisation : le Diable et autres créatures rôdent dans les parages, prêts à ajouter de la zizanie à la zizanie.

Comme dans L’Homme qui savait la langue des serpents, Andrus Kivirähk base son roman sur l’histoire estonienne et ses traditions. Le Moyen-Âge tardif du pays est une nouvelle fois le cadre du récit, l’occasion de prendre une légère leçon d’Histoire. Légère, car cela tourne bien rapidement à la comédie, et l’on en apprendra bien plus sur le folklore ancestral que sur l’Histoire en elle-même.

Les Groseilles de Novembre est un roman très étrange. Sans intrigue réelle, il suit simplement la vie de tout un village en alternant les différentes aventures de ses habitants. Et des aventures, il y en a à la pelle !

Pour autant, pas de grand bazar dans le déroulé du récit. Andrus Kivirähk parvient très habilement à livrer un panorama complet et clair de son univers, dans lequel le lecteur se sent parfaitement à l’aise. On se sent rapidement membre à part entière de ce village et l’on suit avec joie ses péripéties quotidiennes.

Mais l’atout majeur de ce roman, c’est son ton. Bizarre et surprenant au départ, il devient rapidement très amusant par son côté loufoque et parfaitement incroyable. Bien que n’étant pas seulement une comédie, cela reste l’ambiance principale du récit et en fait une lecture fort plaisante.

Sympathique et prenante lecture, Les Groseilles de Novembre est surement, en comparaison de L’Homme qui savait la langue des serpents, une porte d’entrée plus simple à l’univers d’Andrus Kivirähk, un auteur qui est définitivement à suivre dans ses prochaines parutions françaises tant son style à quelque chose d’unique et de différent.


Neuvième lecture pour le challenge Summer Short Stories of SFFF

jeudi 25 juin 2015

Andrus Kivirähk - L'Homme qui savait la langue des serpents

L'Homme qui savait la langue des serpents, Andrus Kivirähk, 2007, 422 pages.

Leemet sait la langue des serpents. Il est le dernier homme à la savoir. Être le dernier, ça le connait. Il est aussi le dernier homme à vivre dans la forêt, à avoir résisté à l'appel de la civilisation et des cités qui l'ont dépeuplée. Il est le dernier symbole d'une époque et de ses traditions.

Comment en est-on arrivé là ? C'est la question à laquelle s'efforce de répondre ce roman. C'est en tout cas de cette question que découle l'intrigue, la partie "superficielle" du récit. Entendons-nous bien, l'histoire en elle-même est déjà fort bonne. Bien que la finalité soit connue, le chemin reste intéressant et, bien que l'empathie générale ne soit pas forcément de mise et que l'auteur ne fasse pas dans le feu d'artifice, on prend plaisir à suivre les aventures de Leemet.

Mais L'Homme qui savait la langue des serpents est bien plus qu'une simple histoire. C'est une fable, un conte philosophique, une réflexion sur l'Histoire estonienne qui s'étend à un questionnement général sur la croyance, la tradition, la civilisation et tous les fondements de notre histoire. Roman riche en idées, il n'est pas forcément facile de compréhension au premier abord, dans la manière dont il n'apporte pas de réponses ou de solutions toutes faites. Tout sauf manichéen, il laisse parfois un goût amer en bouche de par le sentiment d'inéluctabilité qui se dégage. Mais Andrus Kivirähk parvient heureusement, grâce à son écriture douce et maîtrisée, à ne jamais tomber dans la tristesse.

Si Andrus Kivirähk offre une oeuvre très forte, il faut souligner le parfait travail de Jean-Pierre Minaudier, traducteur du roman qui distille en cours de lecture les informations essentielles à la compréhension des références estoniennes. Il parvient aussi dans sa postface à soulager le lecteur et mettant les mots sur le sentiment qui l'a animé à la lecture et à rendre compte de l'intelligence du travail d'Andrus Kivirähk.

Si je devais jouer au jeu des comparaisons, je dirais, pour l'utilisation du procédé malgré des sujets légèrement différents, que L'Homme qui savait la langue des serpents est une version bien plus subtile et profonde de Pourquoi j'ai mangé mon père de Roy Lewis. Mais au-delà de ça, c'est surtout un livre malin, qui allie à la fois le plaisir pur de la lecture au plaisir de la réflexion.