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vendredi 21 août 2020

Écran de fumée #14 - Pennyworth

Pennyworth, Saison 1, 2019, 10 épisodes de 55 minutes

Pennyworth conte la jeunesse d'Alfred Pennyworth, futur majordome de Batman, dans un Londres des années 60 où il revient après avoir passé dix ans dans le SAS, les forces spéciales britanniques, et cherche à s'établir comme conseiller en sécurité.

Le seul défaut de la série est peut-être dans ce résumé : la série semble liée à l'univers Batman, ce qui pourra rebuter plus d'une personne. Ce serait une erreur. Il n'est pas nécessaire de connaitre ou aimer l'univers Batman pour apprécier Pennyworth, tant les liens entre les deux sont ténus - deux/trois noms de personnages en fait, et c'est à peu près tout. Mieux : ne rien savoir de la mythologie batmanienne enlèverait une certaine inéluctabilité planant sur quelques personnages, et rendrait donc la série encore meilleure.

Voilà pour le défaut de la série, ne pas être pleinement indépendante. Reste le plus important : des qualités innombrables. Pennyworth est une sorte de "roman noir" prenant place dans une ambiance assez sombre. Pourtant, la série reste visuellement très lisible, n'abusant pas des habituelles - et inregardables - scènes dans la pénombre. Une série claire dans tous les sens du terme, tant dans le visuel que dans la compréhension de l'intrigue. Et pourtant une aura sombre plane bel et bien sur la série, un joli tour de force de la part des réalisateurs.

Ce côté sombre se retrouve dans quelques passages sensiblement violents, dans les actes et dans quelques visuels, mais cela reste en quantité raisonnable. Surtout, c'est compensé par d'autres moments bien plus sympathiques et agréables, dans un parfait équilibre. L'équilibre, c'est aussi le mot d'ordre de l'histoire, très bien construite et rythmée, aux rebonds réguliers, qui se déroule tout au long des 10 épisodes. Et si la fin laisse facilement de la place pour une saison 2 - quelle joie ! - l'arc ouvert dans cette saison 1 se clôt globalement au terme du dernier épisode - un peu à la manière des saisons de Peaky Blinders, série avec qui Pennyworth partage plus d'une qualité commune et dont les fans de l'une pourraient bien apprécier l'autre.

Une de ces qualités communes se retrouve d'ailleurs dans les personnages, en nombre restreint, bien caractérisés et agréablement interprétés. Jack Bannon en tête dans une excellente incarnation d'Alfred, bien plus profond et nuancé que ce que sa délicieuse morgue peut laisser imaginer.

Pennyworth est une excellente série, que cela soit au niveau de la réalisation et de l'ambiance, patinées mais résolument modernes en même temps, que des personnages ou de l'histoire. Même le générique est top. Une très bonne surprise pour cette série injustement passée sous la plupart des radars. À découvrir.

dimanche 28 juin 2020

Écran de fumée #13 - For All Mankind / The Marvelous Mrs Maisel

For All Mankind, Saison 1, 2019, 10 épisodes de 60 minutes

For All Mankind est une uchronie qui démarre en juin 1969. C'est en effet à cette date que les russes sont les premiers hommes à poser le pied sur la lune, un mois avant les américains. Ces derniers refusant de s'avouer vaincus, la course à l'espace se poursuit.

For All Mankind est une excellente série, si ce n'est plus, multipliant les qualités. Sans ordre de préférence : elle est prenante et touchante, de plus en plus au fil des épisodes et de l'attachement croissant aux personnages, et saupoudrée de scènes d'espace littéralement haletantes ; elle est visuellement très réussie - à l'exception de quelques rares plans un peu étonnants - belle et spectaculaire ; elle met habilement les femmes en avant - et les minorités, même si l'histoire d'Aleida est le petit point faible de la série pour le moment en étant surtout une préparation pour la suite -, réussissant à être immanquablement féministe tout en dépassant le "simple" stade de la revendication en s’efforçant d'acter de l'égalité active.

Oui, il y a malgré tout quelques petites imperfections, notamment quelques moments un peu mous dans les premiers épisodes, quelques ellipses un peu rapides et une concentration quasi-exclusive sur les vols, presque jamais sur la préparation des astronautes, qui pourra étonner - un parti-pris qui s'avère compréhensible, et qu'on pourra compenser en lisant l'excellentissime manga Space Brothers, parfait complément. Mais ces détails restent des détails et sont très largement compensés par la qualité générale de la série. Son seul vrai défaut est d'être diffusé sur AppleTV+, une plateforme que personne n'a. Mais si vous avez l'occasion, un jour ou l'autre, de pouvoir regarder For All Mankind, n'hésitez pas, c'est simplement excellent.

D'autres avis : Lhisbei (grâce à qui j'ai découvert la série, un grand merci !), ...

The Marvelous Mrs Maisel, Saison 1-3, 2017-2019, 8/10/8 épisodes de 45-55 minutes

The Marvelous Mrs Maisel conte, comme son nom l'indique, l'histoire de Mrs Maisel, une mère au foyer juive à New-York, en 1958, se découvrant un talent pour le stand-up et débutant une carrière sur scène. Si vous imaginez que cela sera loin d'être facile, vous ne vous trompez guère.

The Marvelous Mrs Maisel est une série franchement sympathique, souvent amusante, parfois touchante, toujours emplie de fraicheur. Elle repose sur une ribambelle de personnages hauts en couleur, un peu déstabilisants aux premiers abords mais qui s'avèrent attachants au bout de quelques épisodes. Au-dessus d'eux se tient Midge Maisel et l'incroyable performance de Rachel Brosnahan, époustouflante.

La saison 3 aurait pu - dû -  aller plus loin sur certaines thématiques, mais peu importe : il est bien trop plaisant de suivre Mrs Maisel & Cie - surtout Midge et Joel, avouons-le - pour avoir envie de se plaindre. The Marvelous Mrs Maisel réussit le difficile pari d'être engagé tout en étant agréablement superficiel. Et surtout d'être pleinement feel-good. À ne pas manquer.

lundi 24 juin 2019

Écran de fumée #12 - Good Omens / The Umbrella Academy

Good Omens, Terminée en 1 saison, 2019, 6 épisodes de 55 minutes

Mise en image de l'excellent livre De bons présages de Neil Gaiman et Sir Terry Pratchett, Good Omens est chapeautée par Neil Gaiman lui-même. De quoi rassurer, à raison, les fans du roman : la série est fidèle à l'oeuvre originelle avec notamment cet esprit british si caractéristique.

Si l'adaptation mérite en soi d'être regardée du simple fait de sa qualité, sa plus-value provient des prestations des excellents Michael Sheen et David Tennant qui incarnent à la perfection le duo Aziraphale/Rampa. Tous les acteurs sont - très - bons et toutes les sous-intrigues autour de la belle galerie de personnages sont agréables à suivre, le dosage étant, comme dans le livre, globalement réussi, mais la performance de Sheen/Tennant est réellement stellaire.

La série pousse même la comparaison avec le livre jusque dans ses points les moins positifs. Ainsi, comme dans le roman, au plus près de la fin du monde (ah oui, synopsis ultra résumé : un démon et un ange, vivant sur Terre, doivent s'unir contre les leurs pour lutter contre l'inévitable Apocalypse qui approche), globalement l'épisode 5, l'humour est moins présent pour laisser une plus grande place à l'action. Ce n'est pas mauvais, mais c'est un tout petit peu en-dessous du reste. Deux autres bémols sont à noter : quelques - très rares - scènes un peu trop violentes/beurk inutilement et, ma plus grosse déception, la voix tout à fait normale d'un certain personnage encapuchonné.

Que ces tout petits points de détails ne vous trompent pas : Good Omens est une très bonne série, très plaisante à regarder, tout aussi drôle qu'intelligente. Une adaptation à la hauteur du matériau d'origine, le tout en seulement 6 épisodes. Vous auriez tort de vous en priver, que cela soit en série ou en livre !

D'autres avis : Lorhkan, Vert, ...

The Umbrella Academy, Saison 1, 2019, 10 épisodes de 60 minutes

Ne vous fiez pas à sa première scène qui dénote complètement du reste : The Umbrella Academy est une bonne série, avec de vrais bons morceaux de science-fiction. Elle conte l'histoire d'une famille - recomposée - de super-héros, aux pouvoirs pas nécessairement flamboyants, qui se retrouvent, adultes, suite à la mort de leur père adoptif. Six frères et soeurs qui ne s'entendent guère mais qui vont pourtant devoir faire face à une terrible menace : la fin du monde.

The Umbrella Academy est dans le haut du panier des séries Netflix. Si elle n'est pas parfaite, le rythme, l'un des problèmes récurrents de la plateforme, reste meilleur que chez la plupart de ses consoeurs. Elle est bien aidée par la multiplicité des personnages, le vrai point fort de cette première saison. La série prend le temps de les (re)(dé)construire pour mieux que le spectateur s'y attache et change régulièrement de chouchou. Et ça fonctionne, les acteurs faisant très bien le boulot (mais quelqu'un doutait-il vraiment d'Ellen Page ?). Le tout dans une très jolie esthétique, très soignée, qui donne une impression de film plutôt que de série.

Mais si elle se suit avec plaisir, cette première saison reste frustrante, la faute justement à sa nature de saison 1 qui appelle nécessairement une saison 2, tant dans l'intrigue principale que pour de nombreux éléments annexes. Ça reste plaisant, voire très plaisant, et tout à fait recommandable... mais quand même un peu frustrant de n'avoir quasiment qu'une introduction. Néanmoins la série est peu portée sur l'amoncellement de petits détails et de fils narratifs complexes, il ne devrait donc y avoir aucun problème à reprendre la saison 2 après une longue pause. Et comme ça vous pourrez savourer au plus tôt le bijou qu'est l'épisode 6 !

D'autres avis : Xapur, Anudar, ...

mardi 8 janvier 2019

Écran de fumée #9 - Mozart in the Jungle

Mozart in the Jungle, 2014-2018, terminée en 4 saisons de 10 épisodes de 25-30 minutes.

Ce n'est certes pas la série de la décennie, mais Mozart in the Jungle est suffisamment sympathique pour mériter quelques mots et, pourquoi pas, quelques heures de votre temps de visionnage. Après tout, qui peut résister à une bonne dose de folie douce et de bonne humeur ? C'est en tout cas le programme de cette comédie dramatique (comprendre : on s'amuse mais pas que, et ce sans ridicule ni vannes à gogo) qui tourne autour de l'orchestre du New York Symphony. Ah oui, j'ai oublié : la série parle de musique classique.

Ne partez pas en courant ! Oubliez vos clichés et vos mauvaises impressions : c'est de la musique classique mais c'est cool, bien plus "rock'n'roll" que ce qu'on peut imaginer. Et ce grâce aux personnages tous plus ou moins doux dingues. Ils peuvent paraitre un peu exagérés, voire caricaturaux, au premier abord mais c'est finalement pour la bonne cause et pour apporter une saine loufoquerie qui ne tourne jamais au ridicule. Tout cette bande est sublimée par le "héros" de l'histoire, le nouveau chef d'orchestre Rodrigo De Souza (et son maté), interprété magistralement par Gael Garcia Bernal, bien loin d'un chef banal et ordinaire, respirant la bonne humeur et la différence.

Mozart in the Jungle compte de nombreuses qualités mais l'une de ses principales est certainement de sans cesse se réinventer et de tenter des choses. C'est florissant et ça en est jubilatoire de voir quelles surprises nous réserve la suite. C'est étonnant et surprenant dans le bon sens des termes. Ajoutez à ça un intelligent format court (des épisodes de 25-30 minutes qu'on prend plaisir à laisser dérouler jusqu'à la dernière seconde pour profiter des morceaux de musique classique habillant les génériques de fin) qui permet de garder de la fraîcheur et vous avez une très sympathique série aussi imaginative que plaisante !