dimanche 19 juin 2022

Bulles de feu #41 - Raconter la France

Du bruit dans le ciel, David Prudhomme, 2021, 208 planches

Du bruit dans le ciel est une sorte de soft-autobiographie. David Prudhomme s'y met en scène au fil de sa vie, de son enfance à Grangeroux, village à proximité immédiate de Châteauroux, puis lors de ses nombreux retours dans la maison familiale. Si on suit la construction et l'évolution de l'auteur de bandes dessinées, le plus important est ailleurs. Ou plutôt il est ici, à Grangeroux.

Grangeroux est une zone périurbaine d'une ville moyenne, comme tant d'autres en France. Au début il n'y avait rien, et peu à peu, l'urbanisation avançant, le rien s'est peuplé. C'est cette évolution, ces modifications sans cesse renouvelées, que narre David Prudhomme. Et s'il y a du bruit dans le ciel, que les projets passent, la terre originelle reste finalement toujours elle-même.

Du bruit dans le ciel est une très bonne BD qu'on pourrait résumer de manière cliché en disant qu'elle montre "la vraie vie". C'est une série de photographies à travers les époques qui dit autant les faits globaux que les évènements mineurs, les deux se mélangeant allègrement. C'est intéressant, c'est joli mais c'est surtout le ton qui fait la plus grande différence : ni amer, ni politisé, ni désabusé. C'est une vision douce, plus amusée de la situation qu'autre chose. Une peinture pleine d'humanité qui fait acte de mémoire.

Quelques planches ici.

Le Droit du sol, Étienne Davodeau, 2021, 206 planches

Connaissez-vous la Grotte du Pech Merle, dans le Lot ? C'est une grotte ornée de dessins préhistoriques datant pour certains de plus de 20 000 ans. Connaissez-vous Bure, dans la Meuse ? C'est la commune choisie pour devenir un site d'enfouissement de déchets nucléaires, qui seront peut-être encore là dans 20 000 ans. Entre les deux il y a 800 kilomètres, qu'Étienne Davodeau a choisi de relier à pied, comme terreau pour écrire cette BD.

Le Droit du sol démarre assez calmement, presque anodinement. Une réflexion sur l'art préhistorique, sur l'héritage laissé, et la narration d'une randonnée de longue durée, au plus proche de la nature, entrecoupée d'interventions d'experts dans leurs domaines pour apporter du fond sur les sujets abordés. Mais peu à peu, Bure approchant, le sujet se fait plus grave et plus flagrant. L'objet de Le Droit du sol est clairement la dénonciation de la mauvaise gestion des déchets nucléaires par la France, et particulièrement les scandaleuses méthodes utilisées par l'État pour faire passer ses projets. C'est un ouvrage ouvertement militant.

Étienne Davodeau a toujours été un auteur avec une certaine vision du monde, une vision qui se répercute dans ses ouvrages. Il fait ici du Davodeau : le dessin est habituel, simple et joli ; le récit se situe à hauteur d'humain lambda et le place en son centre ; des pointes d'humour et de légèreté parsèment le texte, tout comme une certaine poésie-philosophie. Mais la prise de position me semble ici encore plus forte que d'habitude, négligeant volontairement d'apporter un autre son de cloche tant l'injustice lui semble criante. C'est tout autant une qualité qu'un défaut.

Le Droit du sol est une BD plaisante et instructive, un ouvrage important qui doit faire réfléchir. Mais son refus aussi flagrant de la neutralité, s'il est respectable, limite aussi certainement sa portée, le discréditant certainement auprès de toute une partie du lectorat. Le Droit du sol peut-il prêcher autre chose que des convaincus ? Même s'il est vrai que les arguments pro-nucléaires sont faciles à trouver ailleurs, j'ai quelques doutes. N'en reste pas moins, quoiqu'il en soit, une photographie d'un instant potentiellement crucial.

Quelques planches ici.

8 commentaires:

  1. La deuxième est intéressante. Je ne connaissais pas cette grotte.Le parallèle que fait l’auteur avec l’héritage que nous laisserons est pertinent.
    C’est marrant,j’ai visité la grotte Cosquer(sa réplique) et j’y retrouve les mêmes dessins.

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    1. @Melvin : C'est certainement faux pour un œil avisé, mais l'art pariétal ça se ressemble toujours un peu de grotte en grotte. ^^
      (Note tout de même qu'on y passe vraiment peu de temps dans la BD)

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  2. Sur Bure j'ai lu Cent mille ans, qui était très bien. Je note celle-ci de mon côté.

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  3. Je ne savais pas du tout qu'il y avait des scandales liés à la gestion des déchets nucléaires en France, c'est rassurant…
    Peut-être la première pourrait m'intéresser.

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    1. @Tigger Lilly : C'est au moins un bon point de cette BD : même si le traitement peut être soumis à débat, le coup de projecteur ne peut qu'être une bonne chose.

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  4. La deuxième BD pourrait me plaire, mais je passe pour la première.

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    1. @shaya : Je serais curieux de voir d'autres retours, je guetterai si tu la lis un jour.

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