mardi 15 septembre 2026

Perrine Tripier - Conque

Conque, Perrine Tripier, 2024, 197 pages

Martabée est convoquée par l'Empereur. En sa qualité d'universitaire réputée, elle est désignée pour être la rapporteuse officielle des fouilles archéologiques qui viennent de démarrer. Un chantier pas comme les autres puisqu'il concernerait les Morgondes, le peuple légendaire dont Martabée et les siens seraient les descendants.

Un empire inconnu, un peuple légendaire, le cadre et le début de Conque respire la fantasy. Une impression qui s'effritera peu à peu. Plus que de la fantasy, c'est surtout une intemporalité qui est apportée par cet univers imaginaire. Ce qui correspond parfaitement au propos, qui lui-même ne se restreint ni à une époque ni à un lieu, et ce alors même que sa modernité est évidente.

Conque est un roman qui se lit très bien dès son démarrage. Mais sa première moitié pourrait laisser quelque peu dubitatif. Hormis la présence un peu malsaine de l'Empereur et quelques thématiques qui se laissent entrevoir, les enjeux paraissent un peu flous. Il faudra attendre la bascule du dernier tiers pour vraiment les saisir. Les ressentir.

Dans Conque, il est question d'histoire, de roman national, de mémoire et de vérité. Des thèmes importants qui sont traités ici avec finesse et intelligence. C'est un roman beau dans son écriture mais dur dans son propos. Un roman qui laisse un goût un peu amer en bouche une fois la dernière page tournée. Mais une bonne amertume, celle qui est désirée et qui fait sens. Celle qui marque, comme marque Conque.

Couverture : /
D'autres avis : Noni, ...

mercredi 9 septembre 2026

Audrey Pleynet - Sintonia

Sintonia, Audrey Pleynet, 2025, 408 pages

Tout commence par un massacre dans la ville-tige de Venise. Dont les victimes sont, ironiquement, la guilde Sintonia, une famille d'assassines toutes liées entre elles par le Diapason. Malgré tout, quatre soeurs parviennent à survivre, chacune pensant être la dernière et devant réapprendre à vivre seule.

Sintonia happe dès les premières pages, avec son énergique prologue sanglant, créant instantanément l'envie d'en savoir plus sur cet univers et sur la vengeance possible des Sintonia. L'univers, c'est une science-fiction technologique, basée sur des nanobots. Dans un monde extérieur qu'on devine avoir des airs post-apocalyptiques. Avec des structures et des dynamiques qui sonnent fantasy. Fourre-tout ? Pas du tout. L'assemblage fonctionne parfaitement bien.

L'histoire fonctionne elle aussi très bien. Le point de vue change régulièrement entre les quatre soeurs, pour quatre fils tout aussi différents et intéressants les uns que les autres. Il y a du mystère et de la montée en puissance, c'est prenant et plaisant à découvrir. La progression est croissante et régulière... jusqu'à une brusque accélération finale, un peu trop rapide, qui ne donne pas le sentiment d'apothéose espéré, plutôt l'idée que bon, allez, il faut finir.

C'est d'autant plus dommage qu'il y a une vraie proposition dans cette fin, qui ajoute au fond développé pendant tout le roman. C'est le petit détail qui l'empêche pour moi d'atteindre le plus haut niveau d'excellence. La bonne nouvelle, c'est que ça ne l'empêche pas d'atteindre le palier juste en-dessous, celui des très bonnes lectures qui se lisent avec grand plaisir.

Couverture : Aurélien Police
D'autres avis : Vert, shaya, Le Maki, FeydRautha, Célinedanaë, Boudicca, Anudar, ...

jeudi 3 septembre 2026

Bulles de feu #89 - Août 2026

Un petit récapitulatif de mes lectures BDs/mangas/comics du mois, pour en garder une trace.
Le classement est absolument imparfait, insatisfaisant et un peu aléatoire mais peut donner un ordre d'idée. Les avis sont (ultra)brefs, n'hésitez pas à demander un complément d'informations en commentaire si nécessaire.

Bien / Ok / Correct


Écoute, jolie Márcia - Marcello Quintanilha

Une plongée dans les favelas, dure par son contexte et son intrigue mais lumineuse par son personnage principal.


Loin - Alicia Jaraba

Une bonne BD sur la peur de l'inconnu, intelligente dans son déroulé et crédible dans ses problématiques.


Ajin T.15-17/17 - Gamon Sakurai

Une vraie bonne fin de série, toujours aussi dynamique et essoufflant, satisfaisant à l'image de la série dans son ensemble.


Kagurabachi T.7-8/? - Hokazono Takeru

C'est vraiment très solide, il y a la sensation que tout est bien préparé et anticipé, que ce ne sont pas juste des péripéties improvisées au fur et à mesure.


Silent Jenny - Mathieu Bablet

Un ouvrage massif mais limpide à lire. Du post-apo bien pensé et avec quelques bonnes trouvailles. Ça manque d'un petit truc qui me fasse vibrer mais c'est bien fait et plus digeste que d'autres oeuvres de l'auteur.
Très bien


Lyndon - Irene Marchesini et Carlotta Dicataldo

Une très sympathique BD, mignonnette, sur l'acceptation du passé et la reconstruction. Ça m'a fait penser, graphiquement et thématiquement, à Minuit passé mais avec un peu plus d'intrigue. Rien de révolutionnaire mais c'est bien fait et ça dégage quelque chose.


Akari - Marco Kohinata

Un très beau manga sur un artisan vitrailliste veuf et sa petite-fille. Assez minimaliste mais très tendre et touchant.

vendredi 28 août 2026

Lou Jan - Un corps d'avance

Un corps d'avance, Lou Jan, 2025, 206 pages

Un traitement anti-vieillissement offre désormais à tous les individus un corps avec l'apparence et les fonctionnalités d'un adulte d'une vingtaine d'années. Cela va même plus loin puisqu'il permet de vivre 750 ans. À une condition : effectuer un reset tous les 75 ans et repartir de zéro dans un nouveau pays. C'est ce que s'apprête à vivre Jinseï, qui prend la direction de la France pour sa "deuxième vie".

Malgré son pitch, Un corps d'avance n'est pas vraiment un roman sur la beauté et les apparences. C'est un récit qui parle surtout d'histoires de coeur. Il faut dire que les personnages n'ont pas grand chose d'autre à se soucier dans un monde où tous les problèmes matériels et physiques semblent avoir été résolus. Des histoires de coeur donc, entrecoupées d'étranges interludes moyenâgeux, en écho à l'obsession acquise par Jinseï et d'autres après leurs resets. Il faudra un peu plus de la moitié du roman pour comprendre l'intrigue sous-jacente à tout cela et en quelque sorte le véritable but du récit.

Un corps d'avance a le mérite d'avoir une idée et d'essayer quelque chose. Mais si j'arrive à voir le projet, je n'ai jamais réussi à entrer pleinement dedans. J'avais plutôt envie de suivre Jinseï dans les premiers chapitres mais je m'en suis éloigné peu à peu devant la vanité de son existence. Et je n'ai jamais réussi à regagner cet intérêt, l'intrigue perdant en palpabilité quand elle essaye de gagner en rebondissement. J'ai vu le projet, mais je n'ai pas eu de plaisir à le lire.

Couverture : Aurélien Police
D'autres avis : Célinedanaë, ...

samedi 22 août 2026

Sarah Beth Durst - La Petite Boutique de sortilèges

La Petite Boutique de sortilèges, Sarah Beth Durst, 2024, 413 pages

Kiela est bibliothécaire. Plus à l'aise avec les livres qu'avec les gens, elle vit littéralement dans la Grande Bibliothèque d'Alyssium. Jusqu'au jour où la révolution éclate dans l'empire et qu'elle doit fuir la bibliothèque incendiée. Elle retourne alors sur l'île de son enfance, dans la maison héritée de ses parents, accompagnée de Caz, son assistant plante araignée, et de quelques livres de sortilèges illégalement sauvés.

La Petite Boutique de sortilèges est un livre de cosy fantasy, un livre amical et bienveillant où les choses finissent bien. C'est évident dès les premières pages et c'est explicité par l'autrice dans ses remerciements. C'est l'effet recherché et c'est aussi l'effet réalisé car Sarah Beth Durst réussit parfaitement son objectif en offrant une petite bulle de joie et de bonheur.

Même la romance, clairement pas ma partie préférée de l'ouvrage, a le bon goût de rester limitée en effusions et de ne pas retarder son dénouement par des péripéties inutiles. Elle reste mignonne, surtout qu'elle est portée par des personnages sympathiques et attachants. C'est d'ailleurs ce qui porte le roman dans son ensemble : les personnages sont agréables et charismatiques. L'intrigue est là pour les mettre en valeur et, à défaut de se demander comment cela va finir, elle est efficace pour se demander de quelle manière iels vont s'en sortir.

Je ne pourrais pas lire ça tous les jours mais en l'occurrence ce fut une vraie bonne lecture. Une dose de bienveillance offerte avec intelligence et sans tomber dans la niaiserie, ça ne fait pas de mal, bien au contraire.

Couverture : Lulu Chen / Traduction : Clémentine Curie
D'autres avis : Lullaby, ...