mercredi 15 janvier 2014

Ecran de fumée #2 - Sherlock Saison 3


« Welcome back, Mister Holmes »

L'an dernier, je me suis frustré quand je n'ai pas évoqué la fin de Breaking Bad. À l'époque (en des temps reculés, au moins), je n'avais pas encore franchi le pas de parler ici-même d'autres choses que de livres. Depuis, j'ai inventé un nom de rubrique (ça ne se voit peut-être pas au premier abord, mais c'est une avancée majeure) et j'ai dépassé mes réticences en évoquant La Désolation de Smaug.
Alors non, vous ne me verrez jamais entonné un majestueux (et tout à fait faux, même à l'écrit) "My baabyyyyyyy bluuuuuuuuue" plein d'un mélange de tristesse absolue et de joie absolue (ce qui ne doit pas vous empêcher de vous jeter sur Breaking Bad, cette série est une perle). Mais j'ai décidé de ne pas reproduire l'erreur et donc de parler de la saison 3 de Sherlock qui vient de s'achever.

À l'intention de ceux ne connaissant pas Sherlock (garanti sans spoiler) :

J'ose espérer que personne ne lira cela, puisque je n'imagine pas que quelqu'un ne puisse pas connaître Sherlock. Je ne vais pas dire que c'est la meilleure série anglaise contemporaine puisque je me mettrais à dos une bonne partie des fans de Doctor Who, mais je n'en pense pas forcément moins. C'est en tout cas l'adaptation la plus réussie du héros de Conan Doyle, à la fois innovante et respectueuse. Une série pleine d'intelligence et d'humour, que vouloir de plus ?
Et puis, avec seulement 3 épisodes de 90 minutes par saison, vous n'avez pas à avoir peur de passer des dizaines d'heures pour rattraper votre retard (vous le regretterez peut-être plus tard d'ailleurs). Allez hop, foncez.

Avis succinct pour ceux n'ayant pas vu la saison 3 (garanti sans spoiler) :

Comment ne pas apprécier le retour de Sherlock ? Après une telle attente, difficile de ne pas être emballé, quitte à en perdre un peu d'objectivité. J'ai vraiment l'impression que les réalisateurs se sont fait plaisir et par la même occasion font plaisir aux fans. J'ai par contre un peu peur que les moins accros se sentent un peu perdus et se lassent.
Il faut avouer que cette saison manque un peu de grandes énigmes à résoudre. La première et la deuxième servent plus de prétextes qu'autre chose. Quant à la troisième, elle parait un peu vite expédiée et un peu gâchée en comparaison du climax qu'elle est censée apporter. Pire : personnellement, j'en ai résolu deux sur trois bien avant le dénouement (et j'aurais presque pu faire un carton plein avec un peu plus d'attention).
Malgré tout, cette saison reste plaisante parce que c'est Sherlock. Et Watson. Le duo Benedict Cumberbatch et Martin Freeman est exceptionnel. Les personnages secondaires gagnent en profondeur et en importance, tandis que le personnage de Sherlock continue d'évoluer. L'humour est omniprésent tout comme les répliques cultes ("you should put that on a tee-shirt").
Au final, une saison pas exempte de quelques défauts, mais un énorme plaisir de retrouver une série inimitable.

Remarques diverses et avis plus/trop approfondi (potentiellement avec spoilers) :

Épisode 1
Quel stress et quelle excitation quand les premières images sont apparues ! Et quel choc. Les 4 premières séquences pré-générique sont sous le thème du choc : la théorie explicative totalement ahurissante et décevante (mais le baiser de Sherlock et Molly, quel classe), puis la tête d'Anderson, la moustache de Watson et les retrouvailles des deux frères. Bam. Générique. Wahou. He's baaaaack !
C'est parti ensuite pour 90 minutes d'auto-célébration, d'hommage à la série et de jeux avec les fans. On retrouve un à un, comme Sherlock, tous les personnages secondaires : Miss Hudson, Molly, Mycroft, Anderson, Lestrade (" - Graham. - Greg ! - Greg. "). Et Watson. Et la moustache de Watson ("- Wait, before you do anything that you might regret, one question, just let me ask one question. Are you really going to keep that ?").
Touchantes retrouvailles pour Sherlock et Watson, très intelligentes (même si je garde un faible pour celles avec Lestrade). Et très drôles. C'est le maître mot de cet épisode et même de la saison, encore plus que par le passé : l'humour. Cela passe toujours par des dialogues tranchants et ciselés (je vous épargne de toutes les citations que j'ai eu envie de relever) mais aussi, petite nouveauté ?, par du comique de situation. Qui ne s'est pas fait avoir par la partie d'échecs entre Mycroft et Sherlock ?
Mais l'élément principal, celui que tout le monde attendait, c'est la résolution du mystère qui nous a tenu en haleine depuis près de deux ans : comment a t-il survécu ? J'ai adoré comment la réalisation a joué avec nous jusqu'au bout. Que cela soit avec les fausses théories, qui auront permis de revoir le génial Moriarty, qu'avec les tentatives d'explications de Sherlock interrompues par Watson. Jusqu'à l'explication finale, qui comme ses prédécesseurs reprend presque toutes les théories développées par les fans sur Internet, qui n'est peut-être pas si finale... On peut trouver ça facile, moi je trouve ça judicieux. Une solution crédible est donnée pour ceux qui le veulent, une porte ouverte est laissée pour ceux qui le veulent. Et puis, cela participe du jeu entre la série et ses fans.

Bref, ce premier épisode était excellent (et je me rends compte que j'aurais pu lui consacrer un article entier) du début jusqu'à la fin, avec l'apparition d'un grand méchant énigmatique (ainsi que Mary et Tom). De quoi donner de grands espoirs pour la suite, notamment pour le côté "résolution d'énigmes". Parce qu'il faut avouer que le mystère de cet épisode ne servait quasiment à rien. J'ai compris que l'intrigue allait être littéralement souterraine la première fois que Mycroft en a parlé et que ça allait être explosif dès que le bûcher de Guy Fawkes est apparu (mais j'ai peut-être vu trop souvent V pour Vendetta).

Autres remarques :
- Je me suis enfin rendu compte que c'est Mark Gatiss qui joue Mycroft.
- Tout plein de caméos : Derren Brown (mentaliste anglais), Mary Morstan jouée par la compagne de Martin Freeman et les parents de Sherlock joués par les parents de Benedict Cumberbatch.

Épisode 2
Les épisodes 2 ont toujours été pour moi les moins bons des deux premières saisons. Celui-ci ne dérogera pas à l'habitude. L'idée est sympa, mais il est dommage qu'elle arrive si près d'un épisode déjà si particulier. En se concentrant sur le mariage, on perd la possibilité d'une vraie grande intrigue. Le mystère est ici plus que secondaire.
C'est la personnalité de Sherlock qui est mise en avant. Il évolue depuis la première saison et sa rencontre avec Watson, mais cela prend ici des tournures toujours plus importantes. Un tournant déjà entamé dans l'épisode 1 que cela soit avec Mary (et qu'est-ce que cela peut paraître bizarre d'ailleurs) mais surtout avec son frère : Sherlock s'humanise. Honnêtement, j'ai trouvé ça très perturbant. J'ai eu peur qu'il ne soit plus le Sherlock. Dans le même temps, je comprends qu'il faille faire évoluer le personnage. Peu importe : la dernière scène m'a fait tout accepter. Cela peut sembler idiot mais j'ai trouvé ça terriblement émouvant et touchant, une des meilleurs scènes de toute la série. Le travail de construction de ce personnage est décidément extraordinaire.
Pendant ce temps, l'humour reste toujours omniprésent. La scène la plus marquante étant surement celle de Watson demandant à Sherlock d'être son témoin.

Un bon épisode concentré sur les personnages en eux-mêmes. On attend tout de même une grande intrigue pour le dernier épisode.

Épisode 3
Et le grand méchant fait son apparition. Flippant, c'est le mot qui me vient à l'esprit en premier pour le caractériser. Les scénaristes soignent les méchants autant que les seconds rôles. Cette saison encore plus qu'auparavant, tous ont gagné de la profondeur et de l'intérêt.
Comparé au reste de la saison, cet épisode a une énigme plus complexe et plus au centre de l'histoire. Comparé aux saisons précédentes, cela reste un peu en dessous. Parce qu'il ne se passe finalement pas grand chose avec ce Magnussen si effrayant. C'est bien dommage.
D'autant plus que j'ai tout de suite pensé que, malgré ce qu'on nous montrait, il avait lui aussi un palais mental et n'avait rien en dur. Je ne sais pas pourquoi mais j'en étais persuadé. Résultat : je me suis gâché le seul grand effet de surprise (enfin, je le pensais).
Finalement, cet épisode s'est une nouvelle fois plus concentré sur ses personnages. L'hésitation était présente depuis le début et Mary s'est avérée être plus que ce qu'elle prétendait être. La relation de Sherlock avec Janine était impossible... et elle l'était bien. Je n'avais pas du tout vu venir son utilisation et l'annonce de Sherlock fut énorme.
Le plus grand duel de cette saison aura été Sherlock vs La Mort. Cela pourrait sembler n'importe quoi pour quelqu'un d'autre, mais c'est Sherlock et ce passage ne semblait pas si irréaliste. Les réalisateurs auront pu une nouvelle fois se faire plaisir niveau effets visuels (je m'étais déjà fait la remarque dans l'épisode 1 qu'il y en avait encore plus que d'habitude, mais toujours réussis). Et puis surtout on a pu revoir Moriarty, toujours joué par un Andrew Scott phénoménal. Quand on voit les portes que se sont ouvertes Cumberbatch et Freeman (à juste titre, ils sont exceptionnels et leur duo fonctionne à merveille), je ne comprends pas que Scott ne soit pas une star tant il est intense dès qu'il apparaît à l'écran.
J'ai failli être un peu déçu. Cette saison est bonne, c'est du Sherlock, on prend un grand plaisir. Mais il manque un petit quelque chose de grandiose dans l'intrigue. Sauf qu'ils savent terminer leurs épisodes, les bougres ! Les deux fins de cette saison étaient très bonnes. Mais les season finale le sont encore plus. J'aurais dû m'en douter, il y a toujours eu un cliffhanger. Mais alors celui-là...
" Did you miss me ? Did you miss me ? Did you miss me ? "
Hell yeah I miss you ! Oh, je sais bien qu'il est impossible qu'il revienne, mais quelle baffe, quel plaisir ! Je n'ai pas pu m'empêcher de lever les bras et de crier devant mon écran. J'en suis encore abasourdi. C'est simplement énorme. Je sais que je me fais manipuler, mais grâce à ça je suis quasiment passé de "Oui, du bon Sherlock" à "Cette saison est excellente".

En résumé :
- Une saison centrée sur les personnages et leurs développements.
- Des acteurs toujours aussi excellents, les principaux comme les secondaires.
- Des fins d'épisodes géniales.
- Un manque de grandes énigmes.
- De l'humour à foison.
- La BBC l'a fait et l'a refait.
- Sherlock reste l'une des meilleurs séries au monde.

Le 12 janvier, la saison 3 s'est terminée. Elle avait commencé le 1er janvier. La vie est dure.
Même si sa rareté fait aussi sa force, je n'ai qu'une pensée : Vite, la saison 4 !

2 commentaires:

Vert a dit…

J'avoue ne pas être aussi enthousiaste, autant je trouve les 2 premières saisons absolument géniales, autant là... c'est sympa tous ces petits moments de vie, mais j'aime bien quand ils s'intercalent au milieu des mystères. Là on tombe vraiment dans le fan service et quand y'en a trop je sature.
Ca reste une bonne série, mais pour moi c'est plus THE série ultime qui est géniale ET plait à tout le monde en plus (contrairement à Doctor Who qui demande un certain état d'esprit, j'en ai conscience :D).

(et moi aussi j'avais la réponse avant Sherlock sur la plupart des cas, c'est légèrement inquiétant en fait xD)

Baroona a dit…

C'est sûr qu'il faut être absolument fan pour vraiment apprécier et que c'est un peu dommage pour l'aspect "populaire". Je suis aussi d'accord que ça manque d'énigmes.
Néanmoins, je crois que je préfère largement avoir une saison comme ça qu'une saison avec juste 3 énigmes passe-partout et que Sherlock devienne une simple série policière routinière.
Et puis je reste impressionné par le travail réalisé sur les personnages, c'est une série vraiment vivante.
Enfin, à mon avis, cette saison 3 a des chances de s'améliorer avec le temps, notamment si la saison 4 arrive à retrouver plus de résolutions d'enquêtes (ce qui me semble bien probable, la fin du dernier épisode le laisse présager). Dans le panorama général de la série, la saison 3 fera moins "tâche" et trouvera plus sa place et son importance.