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lundi 12 février 2024

Colum McCann - Apeirogon

Apeirogon, Colum McCann, 2020, 504 pages

Rami Elhanan est israélien. Bassam Aramin est palestinien. Le premier a perdu une fille, Smadar, dans un attentat terroriste en plein Jérusalem. Le deuxième a perdu une fille, Abir, touchée par une balle d'un soldat israélien. Depuis, les deux hommes sont devenus amis, frères, et partagent leurs histoires au plus grand monde pour entamer le dialogue, espérer un arrêt de la colonisation et une réconciliation.
« 181
Apeirogon : une forme possédant un nombre dénombrablement infini de côtés. »
En 1001 parties de longueur variable, de deux-trois lignes à deux-trois pages, Colum McCann raconte l'histoire de ces deux hommes existant réellement. Mais il ne la raconte pas de manière linéaire, ni ne raconte que cela. Apeirogon portant bien son nom. Chaque élément raconté, chaque moment concret de leurs vies, est l'occasion d'un zoom ou d'un dézoom, d'un pas de côté, d'un parallèle. C'est une forme fourmillante que livre Colum McCann, aux accents kaléidoscopiques, qui représente aussi bien la multiplicité du conflit que le sacerdoce des deux hommes, répétant inlassablement leurs histoires.

Apeirogon n'est pas exempt de quelques défauts, le principal étant que le message est passé et digéré bien avant la fin de ses 500 pages. Mais peu importe. Le message, et ses messagers, est éminemment respectable et mérite d'être partagé au plus grand monde. C'est ce que parvient à faire Colum McCann avec, en prime, un livre qui ne laisse pas avec un sentiment de désespoir alors que la situation a pourtant tout de désespérant.

Couverture : ? / Traduction : Clément Baude

mercredi 13 mars 2019

Colum McCann - Treize façons de voir

Treize façons de voir, Colum McCann, 2015, 302 pages.

Treize façons de voir, dont le nom et le texte font référence au poème Thirteen Ways of Looking at a Blackbird de Wallace Stevens, est le nom de la novella qui ouvre et est la pièce principale de ce recueil éponyme. Un recueil qui comporte donc cette novella mais aussi 4 nouvelles. Toutes suivent des personnages ordinaires dans des moments de vie cruciaux, comme sait si bien le faire Colum McCann. C'est d'ailleurs le véritable point fort de ce recueil : retrouver la plume de Colum McCann et cette écriture simple, fluide et agréable, qui sait pourtant donner corps aux lieux et aux personnages en peu de termes et toucher du mot le "vrai". 

Ce n'est pas ce que j'ai lu de meilleur de l'auteur, ou tout du moins ce qui m'a semblé le plus marquant - ne serait-ce qu'en comparaison de nouvelles, Ailleurs, en ce pays m'avait paru plus fort. Ça reste bien, mais il m'a globalement manqué un petit quelque chose que je n'arrive pas à définir précisément. On en gardera tout de même avec plaisir l'amusante et intelligente, quoique potentiellement frustrante, "Quelle heure est-il, maintenant, là où vous êtes ?" au si joli titre.

mercredi 2 avril 2014

Colum McCann - Transatlantic

Transatlantic, Colum McCann, 2013, 371 pages.

Petit détour du côté de la littérature "générale". Transatlantic est le dernier roman en date de Colum McCann. Et je dois bien dire que, une fois n'est pas coutume, je suis tout à fait d'accord avec les commentaires sur les rabats et la quatrième de couverture : c'est un roman très attendu après l'exceptionnel Et que le vaste monde poursuive sa course folle. Et tous ses autres bons romans.

Transatlantic est typiquement du Colum McCann. Sur la forme tout d'abord. Dans la lignée de son précédent roman, il multiplie, raisonnablement, les histoires et les personnages pour les faire se croiser, ici ou là, de près ou de loin. Deux types de personnages s'imbriquent : les "réels", ayant véritablement existé, mis en scène d'une manière qui se veut la plus proche possible d'un certain réalisme (les aviateurs Alcock et Brown, l'anti-esclavagiste Frederick Douglass et le politicien George Mitchell) et les "inventés", en l'occurrence les différentes générations de la famille Duggan.

Thématiquement, c'est aussi du pur Colum McCann. L'Irlande est au coeur du récit. Avec les Etats-Unis. Transatlantique qu'on vous dit, ce n'est pas qu'un titre. Les nombreuses parties concernant l'Irlande m'ont fait penser à son recueil de nouvelles Ailleurs, en ce pays, dans cette manière de montrer la pauvreté avec une sobriété qui n'enlève rien à la tristesse. La sobriété, c'est un des mots qui définit le mieux le style de Colum McCann. Il n'en fait jamais trop, il colle au plus près de la réalité. Des phrases courtes, percutantes. À la fois détaillé et précis dans son propos, mais toujours simple et concis.

Il y a de la mélancolie et de la tristesse qui se dégage de ce roman. Des passages durs, des peines, des détresses. Mais pas de pessimisme. Pas forcément de grand optimisme non plus. Des petits bonheurs. Un simple constat. Et des avancées, de temps à autre, peut-être. Colum McCann offre un reflet de la vérité, dans ce mélange entre exceptions et banalités. Chacun y trouvera la sienne.

Transatlantic, c'est une nouvelle fois le récit de la vie. La vraie vie, pour ce que cela peut bien vouloir signifier. Celle qui mélange l'Histoire et l'histoire. Celle où les personnages de la grande histoire en vivent de petites. Où les personnages de la petite histoire croisent la route de la grande.