Mécanique céleste, Merwan, 2019, 194 planches
En 2068, la communauté rizicole de Pan vit tant bien que mal dans une France post-apocalypse nucléaire. Leur relative tranquillité est brisée lorsqu'un émissaire d'une grande puissance voisine, Fortuna, vient leur imposer un choix impossible : verser un trop lourd tribut de nourriture ou être envahi. Mais heureusement, une troisième voie, à double tranchant, existe pour Pan : régler le conflit à la Mécanique Céleste, une sorte de... balle au prisonnier.
Mécanique céleste ne brille pas réellement par l'originalité de son scénario, globalement classique, sans grande surprise et avec quelques éléments qui tombent bien. Mais malgré cela, c'est une BD qui fonctionne très bien, efficace et agréable à suivre, notamment grâce à la grande place laissée au visuel, simple, joli et expressif. Et puis il y a évidemment ces parties de balle au prisonnier qui sont au coeur du récit et qui permettent, outre le simple plaisir de voir de la balle au prisonnier, d'organiser un affrontement d'importance sans recourir à une sanglante violence. Cerise sur le gâteau, Merwan explicite intelligemment quelques cases un peu plus confuses via les commentateurs de l'épreuve et conclut son ouvrage d'une dernière planche habile et prédictive. Un plaisir simple à ne pas bouder.
Quelques planches ici.
Carbone & Silicium, Mathieu Bablet, 2020, 250 planches
Carbone et Silicium sont les deux premiers nés d'une nouvelle génération de robots, dotés d'une biochimie et d'une intelligence artificielle ultra performantes. Évoluant en vase clos dans le laboratoire de Noriko, ils rêvent de parcourir la Terre, ce qui les poussera à s'évader et à la découvrir, chacun à sa manière.
Carbone & Silicium est une volumineuse BD dont la taille est parfaitement utilisée pour poser son univers et ses personnages et les faire évoluer tous deux sur un temps long. Comme à son habitude, Mathieu Bablet décortique avec justesse, en peu de mots, les travers de la société, des humains et d'un certain avenir ultra-technologique. Si les idées sont présentes tout au long du récit, elles le sont particulièrement dans la première partie se déroulant en intérieur.
L'intrigue se poursuit ensuite en extérieur, et le dessinateur peut y exprimer au mieux tout son talent. Si les visages sont toujours assez particuliers et si le souci du détail des plans urbains reste impressionnant, c'est bien dans la liberté des grands paysages que le travail de Mathieu Bablet est le plus somptueux. Et ce à la fois dans le dessin, légèrement pastel, que dans les couleurs, offrant des ruptures fortes de tons mais pouvant aussi être magnifique de nuances.
Carbone & Silicium est à la croisée des travaux précédents de l'auteur, tant dans le style que dans le propos, entre l'engagement de Shangri-La et la beauté de Adrastée. Si cette dernière garde ma préférence, Carbone & Silicium reste une excellente BD qui ravira les misanthropes, un impressionnant projet, maitrisé de bout en bout, qui parle tout autant au coeur qu'au cerveau.
Quelques planches ici.
D'autres avis : Yuyine, Vert, Vanille, ...

