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vendredi 11 mars 2022

Écran de fumée #19 - OCS(F)

Alex Rider, Saisons 1 & 2, 2020-2021, 8 épisodes de 40 minutes par saison

Adaptée d'une série de romans d'Anthony Horowitz, Alex Rider met en scène le jeune lycéen éponyme, recruté par une cellule du MI6 suite au décès de son oncle qui s’avérait, à l'insu de sa famille, être un espion. Une série d'espionnage donc, avec tout ce qui va avec : un héros aux grandes capacités, des complots, des dangers de morts, des scènes d’infiltration et de combats, ... Une série lambda alors ? Pas du tout.

Certes, Alex Rider ne révolutionne pas le genre. Il y a même quelques rares passages un peu exagérés/improbables - comme tout bon film d'espionnage en quelque sorte. Le mot important ici est "rare" : l'écrasante majorité du scénario reste crédible et d'une ampleur raisonnable, à taille humaine. Avec en plus un petit penchant pour la SF. Grand public et accessible, mais SF tout de même.

Rien de révolutionnaire donc, mais Alex Rider parvient à proposer une série d'une grande fraicheur, lumineuse, portée par un héros sympathique et charismatique, tout comme ses plus proches compagnons (#TeamKyra). C'est simplement très plaisant à regarder et on se prend très facilement au jeu, captivé par la tension développée, oubliant totalement - preuve ultime de qualité - que tout devra nécessairement se résoudre positivement au final. Je me jetterai sur la saison 3 avec gourmandise.

Missions, 3 saisons (série terminée), 2017-2021, 10 épisodes de 25 minutes pour les S1 et S2, 5 épisodes de 45 minutes pour la S3

William Meyer, milliardaire suisse, est à la tête de la première mission habitée vers Mars. Mais alors qu'ils s'apprêtent à se poser après plusieurs mois de voyage, ils apprennent qu'une mission américaine, partie après eux avec un nouveau système de propulsion, est arrivée en premier sur la planète rouge. Sauf que ces derniers ne donnent depuis plus aucun signe de vie.

Missions est une série française de science-fiction. Réellement de science-fiction. Il ne s'agit pas ici juste d'un accessoire ou d'un simple élément de base pour lancer l'histoire, l'intrigue est bien totalement SF. Une SF un peu "à l'ancienne", un peu magique sur les bords mais qui procure - en tout cas me concernant - une vraie excitation au visionnage et un sense of wonder certain. Ça a en un sens un goût de Lost, un compliment qui résume aussi l'une des attentes qu'il ne faut pas avoir en regardant cette série : tout ne sera pas expliqué et conclut de manière définitive.

La série met quelques épisodes pour réellement se lancer et trouver son rythme. Le temps de poser ses bases et de permettre aux personnages de sortir quelque peu de leurs stéréotypes. Des stéréotypes qui s'expliquent par la durée réduite de la première saison et la nécessité de rentrer au plus vite dans le feu de l'action. Cela vaut aussi pour le pitch de base un peu improbable - et encore, tout est relatif vu les derniers développements en matière de missions spatiales privées -, un prix minime à payer pour avoir ensuite un récit intéressant et prenant.

L'une des plus grandes qualités de Missions, c'est surtout la volonté des scénaristes de ne pas rester sur leurs acquis et de prendre des risques. Ainsi chaque saison est unique et renouvelle de manière significative le scénario, avec en point d'orgue une troisième saison très surprenante. Certes, tout n'est peut-être pas parfait. Mais on passe très facilement outre les petits bémols tant la proposition est singulière dans le paysage francophone et tant les qualités sont au rendez-vous - dont l'usage de multiples langues, un détail surement, mais une bonne idée néanmoins. Missions est vraiment une belle surprise. Qu'attendez-vous pour partir sur Mars ?

lundi 27 décembre 2021

Écran de fumée #18 - Séries animées

Hilda, Saison 1 & 2, 2018-2020, 13 épisodes de 24 minutes par saison

Adaptée de la bande dessinée du même nom de Luke Pearson, Hilda est une série animée contant les péripéties d'Hilda, une jeune fille aventurière. Habituée à explorer la campagne et à rencontrer ses fantastiques habitants (elfes, trolls de pierre, géants, ...), elle va, dans les premiers épisodes, déménager dans la ville de Trollbourg avec sa mère et Twig, son animal de compagnie, un jeune renard-cerf. Elle y rencontrera Frida et David, et vivra plein de belles aventures.

Hilda est une série très simple sur le papier et très simple dans les faits, chaque épisode proposant une nouvelle intrigue. Elle n'en est pas moins très riche. Riche d'excellents personnages humains diversifiés. Riche d'excellentes créatures fantastiques - Wood Man ! - fascinantes à découvrir et qui offrent un vrai grand sense of wonder de fantasy. Riche de très beaux dessins et de couleurs pétillantes. Riche d'intrigues variées et d'un rythme toujours bon, ni trop lent ni trop rapide. Riche d'un univers qui se développe d'épisode en épisode et où le spectateur se sent chez lui. Riche de messages intelligents et positifs. Riche de sympathie et d'amusement. Riche de sourires qui se posent inévitablement sur les visages et dans les coeurs des spectateurs. Riche d'excellence tout simplement.

Arcane, Saison 1, 2021, 9 épisodes de ~40 minutes

Vi et Powder sont deux soeurs vivant dans les bas-fonds de Piltover. La vie est difficile, mais elle va le devenir encore plus après un cambriolage raté chez un scientifique, un cambriolage qui va les mettre dans le viseur des Pacifieurs, la police de la partie riche de la cité.

Arcane est la série qui a cartonné en cette fin d'année. À raison tant elle est exceptionnelle. C'est certainement la plus grosse baffe en matière d'animation depuis le chef d'oeuvre Spider-Man : New Generation.

Tout en étant largement différente, Arcane partage d'ailleurs de nombreux points communs avec ce film Spider-Man. Le premier étant que les deux se déroulent dans des univers préexistants - en l'occurrence celui du jeu vidéo League of Legends pour Arcane - dont la connaissance préalable n'est absolument pas nécessaire, n'apportant au mieux que quelques clins d'oeil aux connaisseurs mais n'excluant jamais les néophytes, qui pourront même découvrir plus librement l'univers et l'histoire.

À cela s'ajoute deux autres similitudes : un récit consistant, intelligent et sans rien à jeter ainsi qu'un style graphique inventif et possédant une vraie patte. Si l'intrigue est prenante et les personnages très bien écrits avec des motivations crédibles, c'est certainement l'animation qui reste la plus marquante. Sur un décor relativement classique mais très beau, les personnages sortent du lot avec leurs traits précis et détaillés, quasi-réalistes, mais parvenant tout de même à s'intégrer admirablement dans l'ensemble. Ajoutez à cela quelques effets de rupture habiles et créatifs, notamment lors des combats très rock, et vous obtenez une série unique, alliant complètement fond et forme, d'une qualité exceptionnelle.

D'autres avis : OmbreBones, ...

samedi 24 juillet 2021

Écran de fumée #17 - Imaginaire netflixien

Sweet Tooth, Saison 1/?, 2021, 8 épisodes de 40-50 minutes

Deux évènements majeurs arrivent simultanément sur la planète : un virus très mortel et contagieux décime une grande partie de la population et des hybrides, mi-humains mi-animaux, naissent inexplicablement. Les deux sont-ils liés et, si oui, dans quelle mesure ? Mystère. Quelques années plus tard, dans un monde effondré, Gus, hybride mi-garçon mi-cerf vivant au fin fond d'une forêt, va devoir prendre la route pour essayer de retrouver sa mère.

Oui, on ne sait pas vraiment comment ce monde post-apocalyptique continue de vivre aussi bien en matière de pétrole et d'électricité. Voilà pour le défaut de la série - avec les, rares, effets spéciaux sur les animaux sauvages, à la rigueur. Si vous êtes capables de passer outre cela, pour le reste c'est du tout bon.

Certes, Sweet Tooth est une série sensiblement calibré qui coche tout un tas de cases du bingo des séries. Mais ce n'est pas grave parce que ça fonctionne excellemment bien. C'est prenant, entraînant, frais, tout en étant joyeux et dur à la fois. Et, surtout, Gus a une bouille incroyable, la mignonitude incarnée, en plus d'un caractère particulièrement attachant. Ce qui ne doit rien enlever au reste du casting, lui aussi de qualité. Il n'y a pas à bouder son plaisir : ça fonctionne très bien et je reprendrai une saison 2, Ô combien nécessaire, avec grand plaisir.

Disponible sur Netflix


Katla, Saison 1/1, 2021, 8 épisodes de 40-45 minutes

Depuis un an, le Katla, volcan islandais enfoui sous une calotte glaciaire, est réveillé. La petite ville de Vik, à proximité, subit de plein fouet ses effets, avec en premier lieu les cendres volcaniques qui obstruent le ciel et recouvrent tout, donnant au paysage des allures apocalyptiques. Alors que la plupart sont partis, quelques habitants continuent d'y vivre, espérant la fin prochaine de l'éruption. Une vie presque tranquille. Jusqu'à ce qu'une femme recouverte de cendres apparaisse à proximité du volcan.

Si ce mystère est un élément essentiel et important de la série, le focus principal se porte sur les différents personnages principaux. Impossible néanmoins d'en dire beaucoup plus, le thème du récit étant lui-même une clé de la série et doit se découvrir au visionnage. Notez seulement que le sujet est fort, essentiel, et très bien pensé. Surtout, pour une série "à personnages", l'intrigue n'est pas en reste et permet de conserver une tension permanente et régulièrement ravivée, ajoutant une agréable facilité de visionnage.

Katla est une excellente série teintée d'imaginaire. Puissante et sans compromis dans son propos - attention, le dernier épisode est particulièrement violent psychologiquement, au point de démarrer par un trigger warning -, elle est aussi somptueuse dans son cadre islandais cendreux. Assurément une série à voir.

Disponible sur Netflix
D'autres avis : Poutine Hurlante (merci à lui pour la découverte !), ...

vendredi 18 décembre 2020

Écran de fumée #16 - Sur OCS

Run, Saison 1 (série terminée), 2020, 7 épisodes de 25-30 minutes

17 ans auparavant, Billy et Ruby ont fait un pacte : si l'un des deux envoie par sms "RUN" à l'autre et que ce dernier lui répond de même, ils laisseront tout derrière eux et partiront ensemble.

Sur un pitch intrigant, Run navigue ensuite entre deux eaux : la comédie romantique, évidemment, auquel s'ajoute une sorte de thriller à la limite parfois du over the top. Ça fonctionne malgré tout grâce à la bonne prestation des deux acteurs principaux et c'est pendant longtemps une sympathique et fraiche "dramédie romantique".

Malheureusement, les incohérences se multiplient au fil de la saison jusqu'à une fin particulièrement ratée. Et comme la série n'a pas été renouvelée pour une deuxième saison, mieux vaut s'éviter cette frustration en regardant autre chose. Avec regret, car le potentiel était bien là et le début si engageant.


Devils, Saison 1, 2020, 10 épisodes de 50 minutes

Alors que tout semble le destiner à devenir PDG adjoint de la New York London Investment Bank, Massimo Ruggero, trader talentueux, se voit finalement refuser le poste par son mentor Dominic Morgan. En explorant les raisons derrière ce choix, Massimo va mettre le doigt dans un gigantesque engrenage qui le conduiront dans les secrets les mieux gardés du monde de la finance.
 
Devils est une série sur les dessous du monde de la finance, et donc du monde de manière générale. les banquiers y sont les rois, jouant avec les nations et les institutions comme avec des pions. La série s'attache à montrer ces mécanismes, avec un aspect pédagogique visible mais relativement bien intégré,  ainsi que leurs conséquences. Les "devils" - les diables - du titre, ce sont ces grands financiers. Y'a-t-il besoin d'en rajouter sur le parti pris de la série ?

L'originalité principale de la série vient de l'intégration de séquences réelles, de reportages ou de conférences de presse notamment, s'étant déroulées pendant la crise économique de 2008. Car le cadre de la série, c'est notre réalité. Ce n'est peut-être pas parfait, mais c'est une belle tentative.

C'est d'ailleurs ce qu'on peut globalement dire de la série : imparfaite mais avec de bonnes idées. Elle tente d'ailleurs peut-être trop de choses pour son propre bien. Entre les rouages financiers, un miroir de notre monde, un thriller à coup de "qui mène la danse ?" et des flashbacks, elle en oublie de se focaliser sur le duel entre Massimo et Dominic qui est pourtant présenté comme le centre de la série - dans chaque introduction d'épisode notamment. Une confrontation plus directe qui arrivera peut-être dans la saison 2. Et si elle corrige en plus quelques petits problèmes de rythme, le potentiel pourrait se réaliser. Est-ce que j'en serai ? Pourquoi pas.


Succession, Saisons 1-2, 2018-2019, 10 épisodes de 55 minutes par saison

Patron d'un gigantesque conglomérat de chaines de télévision, de parcs d'attractions et de croisières, Logan Roy doit passer la main de l'entreprise familiale à son fils Kendall. Ou plutôt devait, car le milliardaire change finalement d'avis et reste aux commandes. L'occasion pour toute la famille d'essayer d'être dans les bonnes grâces du doyen et d'avoir dans le futur sa part de la succession.

Cette série n'a de prime abord rien pour être appréciable. Les personnages sont antipathiques au plus haut point, voire gênants à regarder dans de nombreuses situations, et, plutôt que de chercher un personnage à chérir, on se retrouve rapidement à se demander lequel est le plus détestable. Et pourtant.

Pourtant ça fonctionne et ça devient rapidement prenant, nous scotchant à l'écran. Les personnages gagnent certes en profondeur et en caractère au fil des épisodes - sans jamais être pleinement appréciables, la réalisation n'oublie jamais de nous rappeler à quel point ils sont infects - mais la principale qualité de Succession, c'est son écriture. Le scénario est ciselé, le rythme est excellent, toutes les scènes sont utiles, les rebondissements sont de qualité et la tension dramatique est complètement au rendez-vous.

Et le pire dans tout ça ? Tout cet univers qui semble parfaitement improbable et too much - bien que très librement inspiré de Rupert Murdoch - doit être désespérément proche de la réalité. Un petit bijou de série, étonnamment méconnue au regard de sa très grande qualité.

D'autres avis : Tigger Lilly - merci pour la découverte ! -, ...

mercredi 18 novembre 2020

Écran de fumée #15 - Pépites françaises

Moah, Saison 1, 2020, 10 épisodes de 20-25 minutes

Moah conte l'histoire de Moah, un jeune homme préhistorique vivant au sein d'une petite tribu. Né ailleurs, Moah est différent, sensiblement plus malin que ses comparses, ce qui va tout autant lui amener des contrariétés que des solutions à ces mêmes problèmes.

Moah est surtout un petit OSNI - Objet Sériel Non Identifié - car il ne comporte ni musique, ni dialogue dans une langue connue. Un mélange forcément déroutant au démarrage mais qui s'avère rapidement assez hypnotisant. Les bruits de la nature, seul fond sonore (ou presque), apportent une ambiance suffisante et les acteurs, les excellents acteurs, parviennent à faire comprendre tout ce qu'il y a à comprendre, en plus d'une réalisation très maline, vraiment accrocheuse et qui ne fait nullement cheap.

L'histoire quant à elle est forcément plus limitée que d'autres séries mais développe tout de même un fil principal et quelques secondaires. Sorte de comédie dramatique, la série démarre de manière assez grave pour ensuite se tourner vers quelque chose de plus comique - de manière assez cru par moment, à éviter de regarder en prenant ses repas - et loufoque pour la majorité de ses épisodes. Si cela fonctionne bien car les épisodes sont courts, c'est peut-être le petit bémol pour le moment : la série aurait quasiment pu être plus ambitieuse et développer plus amplement une intrigue "sérieuse" qui reste sous-exploitée mais dont on sent le potentiel. Cela ne doit néanmoins pas venir ternir cette première saison : le pari Moah est tout à fait réussi.

À voir sur OCS.

18h30, Saison 1, 2020, 22 épisodes de 5 minutes

18h30, c'est l'heure à laquelle Éric et Mélissa, qui vient d'être embauchée, sortent du boulot. Allant au même arrêt de bus, ils ont un trajet de 5 minutes à passer ensemble tous les soirs. Ce sont ces 5 minutes qui sont mises en scène dans 18h30.

22 épisodes pour 22 trajets lors desquels la relation entre Éric et Mélissa évoluera, des débuts tendus à une certaine amitié - et quelques surprises, car si 18h30 donne l'impression d'être une comédie romantique, elle dévoilera aussi une part de drame. Si la relation entre les deux personnages, très bien incarnés par Pauline Etienne et Nicolas Grandhomme, est primordiale, c'est aussi et surtout la communication et ses difficultés qui sont au coeur de la série. Et ça sonne terriblement vrai.

18h30 est une petite pépite d'une excellente qualité, aussi intelligente sur la forme - tout en plan-séquence - que sur le fond, fraiche, jolie, tendre, plaisante et prenante. Websérie disponible gratuitement sur le site d'Arte, prévoyez deux heures pour dévorer d'une traite tous les épisodes.

Un grand merci à Zina pour la découverte ; à lire aussi la très bonne chronique de Dorothée Barba sur France Inter.

vendredi 21 août 2020

Écran de fumée #14 - Pennyworth

Pennyworth, Saison 1, 2019, 10 épisodes de 55 minutes

Pennyworth conte la jeunesse d'Alfred Pennyworth, futur majordome de Batman, dans un Londres des années 60 où il revient après avoir passé dix ans dans le SAS, les forces spéciales britanniques, et cherche à s'établir comme conseiller en sécurité.

Le seul défaut de la série est peut-être dans ce résumé : la série semble liée à l'univers Batman, ce qui pourra rebuter plus d'une personne. Ce serait une erreur. Il n'est pas nécessaire de connaitre ou aimer l'univers Batman pour apprécier Pennyworth, tant les liens entre les deux sont ténus - deux/trois noms de personnages en fait, et c'est à peu près tout. Mieux : ne rien savoir de la mythologie batmanienne enlèverait une certaine inéluctabilité planant sur quelques personnages, et rendrait donc la série encore meilleure.

Voilà pour le défaut de la série, ne pas être pleinement indépendante. Reste le plus important : des qualités innombrables. Pennyworth est une sorte de "roman noir" prenant place dans une ambiance assez sombre. Pourtant, la série reste visuellement très lisible, n'abusant pas des habituelles - et inregardables - scènes dans la pénombre. Une série claire dans tous les sens du terme, tant dans le visuel que dans la compréhension de l'intrigue. Et pourtant une aura sombre plane bel et bien sur la série, un joli tour de force de la part des réalisateurs.

Ce côté sombre se retrouve dans quelques passages sensiblement violents, dans les actes et dans quelques visuels, mais cela reste en quantité raisonnable. Surtout, c'est compensé par d'autres moments bien plus sympathiques et agréables, dans un parfait équilibre. L'équilibre, c'est aussi le mot d'ordre de l'histoire, très bien construite et rythmée, aux rebonds réguliers, qui se déroule tout au long des 10 épisodes. Et si la fin laisse facilement de la place pour une saison 2 - quelle joie ! - l'arc ouvert dans cette saison 1 se clôt globalement au terme du dernier épisode - un peu à la manière des saisons de Peaky Blinders, série avec qui Pennyworth partage plus d'une qualité commune et dont les fans de l'une pourraient bien apprécier l'autre.

Une de ces qualités communes se retrouve d'ailleurs dans les personnages, en nombre restreint, bien caractérisés et agréablement interprétés. Jack Bannon en tête dans une excellente incarnation d'Alfred, bien plus profond et nuancé que ce que sa délicieuse morgue peut laisser imaginer.

Pennyworth est une excellente série, que cela soit au niveau de la réalisation et de l'ambiance, patinées mais résolument modernes en même temps, que des personnages ou de l'histoire. Même le générique est top. Une très bonne surprise pour cette série injustement passée sous la plupart des radars. À découvrir.

dimanche 28 juin 2020

Écran de fumée #13 - For All Mankind / The Marvelous Mrs Maisel

For All Mankind, Saison 1, 2019, 10 épisodes de 60 minutes

For All Mankind est une uchronie qui démarre en juin 1969. C'est en effet à cette date que les russes sont les premiers hommes à poser le pied sur la lune, un mois avant les américains. Ces derniers refusant de s'avouer vaincus, la course à l'espace se poursuit.

For All Mankind est une excellente série, si ce n'est plus, multipliant les qualités. Sans ordre de préférence : elle est prenante et touchante, de plus en plus au fil des épisodes et de l'attachement croissant aux personnages, et saupoudrée de scènes d'espace littéralement haletantes ; elle est visuellement très réussie - à l'exception de quelques rares plans un peu étonnants - belle et spectaculaire ; elle met habilement les femmes en avant - et les minorités, même si l'histoire d'Aleida est le petit point faible de la série pour le moment en étant surtout une préparation pour la suite -, réussissant à être immanquablement féministe tout en dépassant le "simple" stade de la revendication en s’efforçant d'acter de l'égalité active.

Oui, il y a malgré tout quelques petites imperfections, notamment quelques moments un peu mous dans les premiers épisodes, quelques ellipses un peu rapides et une concentration quasi-exclusive sur les vols, presque jamais sur la préparation des astronautes, qui pourra étonner - un parti-pris qui s'avère compréhensible, et qu'on pourra compenser en lisant l'excellentissime manga Space Brothers, parfait complément. Mais ces détails restent des détails et sont très largement compensés par la qualité générale de la série. Son seul vrai défaut est d'être diffusé sur AppleTV+, une plateforme que personne n'a. Mais si vous avez l'occasion, un jour ou l'autre, de pouvoir regarder For All Mankind, n'hésitez pas, c'est simplement excellent.

D'autres avis : Lhisbei (grâce à qui j'ai découvert la série, un grand merci !), ...

The Marvelous Mrs Maisel, Saison 1-3, 2017-2019, 8/10/8 épisodes de 45-55 minutes

The Marvelous Mrs Maisel conte, comme son nom l'indique, l'histoire de Mrs Maisel, une mère au foyer juive à New-York, en 1958, se découvrant un talent pour le stand-up et débutant une carrière sur scène. Si vous imaginez que cela sera loin d'être facile, vous ne vous trompez guère.

The Marvelous Mrs Maisel est une série franchement sympathique, souvent amusante, parfois touchante, toujours emplie de fraicheur. Elle repose sur une ribambelle de personnages hauts en couleur, un peu déstabilisants aux premiers abords mais qui s'avèrent attachants au bout de quelques épisodes. Au-dessus d'eux se tient Midge Maisel et l'incroyable performance de Rachel Brosnahan, époustouflante.

La saison 3 aurait pu - dû -  aller plus loin sur certaines thématiques, mais peu importe : il est bien trop plaisant de suivre Mrs Maisel & Cie - surtout Midge et Joel, avouons-le - pour avoir envie de se plaindre. The Marvelous Mrs Maisel réussit le difficile pari d'être engagé tout en étant agréablement superficiel. Et surtout d'être pleinement feel-good. À ne pas manquer.

lundi 24 juin 2019

Écran de fumée #12 - Good Omens / The Umbrella Academy

Good Omens, Terminée en 1 saison, 2019, 6 épisodes de 55 minutes

Mise en image de l'excellent livre De bons présages de Neil Gaiman et Sir Terry Pratchett, Good Omens est chapeautée par Neil Gaiman lui-même. De quoi rassurer, à raison, les fans du roman : la série est fidèle à l'oeuvre originelle avec notamment cet esprit british si caractéristique.

Si l'adaptation mérite en soi d'être regardée du simple fait de sa qualité, sa plus-value provient des prestations des excellents Michael Sheen et David Tennant qui incarnent à la perfection le duo Aziraphale/Rampa. Tous les acteurs sont - très - bons et toutes les sous-intrigues autour de la belle galerie de personnages sont agréables à suivre, le dosage étant, comme dans le livre, globalement réussi, mais la performance de Sheen/Tennant est réellement stellaire.

La série pousse même la comparaison avec le livre jusque dans ses points les moins positifs. Ainsi, comme dans le roman, au plus près de la fin du monde (ah oui, synopsis ultra résumé : un démon et un ange, vivant sur Terre, doivent s'unir contre les leurs pour lutter contre l'inévitable Apocalypse qui approche), globalement l'épisode 5, l'humour est moins présent pour laisser une plus grande place à l'action. Ce n'est pas mauvais, mais c'est un tout petit peu en-dessous du reste. Deux autres bémols sont à noter : quelques - très rares - scènes un peu trop violentes/beurk inutilement et, ma plus grosse déception, la voix tout à fait normale d'un certain personnage encapuchonné.

Que ces tout petits points de détails ne vous trompent pas : Good Omens est une très bonne série, très plaisante à regarder, tout aussi drôle qu'intelligente. Une adaptation à la hauteur du matériau d'origine, le tout en seulement 6 épisodes. Vous auriez tort de vous en priver, que cela soit en série ou en livre !

D'autres avis : Lorhkan, Vert, ...

The Umbrella Academy, Saison 1, 2019, 10 épisodes de 60 minutes

Ne vous fiez pas à sa première scène qui dénote complètement du reste : The Umbrella Academy est une bonne série, avec de vrais bons morceaux de science-fiction. Elle conte l'histoire d'une famille - recomposée - de super-héros, aux pouvoirs pas nécessairement flamboyants, qui se retrouvent, adultes, suite à la mort de leur père adoptif. Six frères et soeurs qui ne s'entendent guère mais qui vont pourtant devoir faire face à une terrible menace : la fin du monde.

The Umbrella Academy est dans le haut du panier des séries Netflix. Si elle n'est pas parfaite, le rythme, l'un des problèmes récurrents de la plateforme, reste meilleur que chez la plupart de ses consoeurs. Elle est bien aidée par la multiplicité des personnages, le vrai point fort de cette première saison. La série prend le temps de les (re)(dé)construire pour mieux que le spectateur s'y attache et change régulièrement de chouchou. Et ça fonctionne, les acteurs faisant très bien le boulot (mais quelqu'un doutait-il vraiment d'Ellen Page ?). Le tout dans une très jolie esthétique, très soignée, qui donne une impression de film plutôt que de série.

Mais si elle se suit avec plaisir, cette première saison reste frustrante, la faute justement à sa nature de saison 1 qui appelle nécessairement une saison 2, tant dans l'intrigue principale que pour de nombreux éléments annexes. Ça reste plaisant, voire très plaisant, et tout à fait recommandable... mais quand même un peu frustrant de n'avoir quasiment qu'une introduction. Néanmoins la série est peu portée sur l'amoncellement de petits détails et de fils narratifs complexes, il ne devrait donc y avoir aucun problème à reprendre la saison 2 après une longue pause. Et comme ça vous pourrez savourer au plus tôt le bijou qu'est l'épisode 6 !

D'autres avis : Xapur, Anudar, ...

jeudi 21 février 2019

Écran de fumée #11 - The Night of / Bodyguard

Deux séries qui se regardent comme un très long film, avec une histoire complète en une saison. L'une est correcte, l'autre est excellente. Qui est quoi ? Réponse ci-dessous.

The Night Of, Saison 1 (série terminée), 2016, 8 épisodes de 60-90 minutes.

Nasir Khan, étudiant américain d'origine pakistanaise, emprunte un soir le taxi de son père pour aller à une soirée. En chemin, il rencontre une jeune femme, Andrea, et passe finalement la soirée avec elle. Au matin, celle-ci est morte et tout semble désigner Nasir, qui ne se souvient de rien, comme le coupable...

Et voilà 1h30, le premier épisode, résumée - grossièrement certes - en trois phrases. Là est tout le problème de The Night of : c'est trop long. Une série qui prend son temps pour poser les choses n'est pas un problème en soi, mais il y a ici au moins 2 épisodes de trop au vu de toutes les séquences inutiles ou répétitives. La palme revient au dernier épisode où au moins 45 minutes consistent à répéter au tribunal des informations que l'on a déjà eu précédemment, sans aucune nouveauté ni surprise.

C'est dommage car il y a de bonnes idées et de bonnes choses malgré tout, notamment dans la vision des à-côtés d'un tel évènement, montrés très simplement, ou bien, surtout, la performance de Riz Ahmed, interprétant Nasir Khan, dont la transformation au fur et à mesure des épisodes est bluffante. Malheureusement, The Night of ne semble parfois pas trop savoir sur quel pied danser et ne pousse jamais l'excellence nulle part. Caricaturalement, si vous cherchez une série sur une prison vous trouverez mieux ailleurs (en film ou en série) et si vous cherchez une série sur une enquête/procès, Broadchurch est infiniment meilleure.

Attention tout de même, la série reste globalement assez bonne, elle se laisse tout à fait regarder et les fins d'épisodes donnent l'envie de lancer le suivant, ce qui ne peut pas être un mauvais signe. Elle aurait simplement pu être encore meilleure.

Bodyguard, Saison 1, 2018, 6 épisodes de 60 minutes.

David Budd est un sergent de police, vétéran de guerre traumatisé, qui se voit assigner à la garde rapprochée de (l'équivalent de) la ministre de l'intérieur britannique, en pleine campagne pour l'adoption de lois sécuritaires contre la menace terroriste. Évidemment, tout ne va pas se passer sans accroc...

Un bijou. Je ne vois aucune raison de ne pas regarder Bodyguard. C'est un pur thriller prenant du début à la fin et qui est complet - même si apparemment d'autres saisons seraient en réflexion, l'histoire présente est complète à la fin de la saison - en seulement 6 épisodes. Je ne me suis toujours pas remis de cette première scène de 20 minutes qui m'a personnellement scotché à l'écran et même fait manquer quelques battements de coeur.

Et comme il n'y a que 6 épisodes, on ne perd pas de temps. Les choses avancent rapidement - mais sans jamais être rushées - évoluent et ne prennent pas toujours le chemin escompté. L'un des points forts de Bodyguard, c'est de ne pas prendre les spectateurs pour des imbéciles : si l'on sait/devine que cela va se passer, alors on ne va pas poireauter 2 heures avant que cela arrive.

Le tout sur un fond extrêmement - terriblement - moderne et actuel de surveillance et de terrorisme. Bodyguard n'est pour autant pas une série politique dans le sens où la politique n'est pas ici le centre essentiel de la série, elle est utilisée par la série pour la série, tout en évoquant de nombreuses préoccupations en filigrane.

Alors oui, il y a un poil de mindfuck par moment, au point où je ne suis même pas certain que tout colle à la fin - j'ose espérer que si. Qu'importe de toute façon, cela n'enlève en rien à l'excitation du déroulé (ce que j'appelle aussi la loi Lost) et c'est bien là l'essentiel. Bodyguard est une excellente série, prenante et surprenante.

dimanche 20 janvier 2019

Écran de fumée #10 - Kidding / Taboo

Au programme du jour, deux séries que rien ne rapproche à première vue. Et pourtant, quand on y regarde de plus près, les deux peuvent parfaitement répondre à cette définition : « une première saison, comportant peu d'épisodes, portée par un acteur charismatique qui laisse néanmoins de la place aux rôles secondaires, qui à défaut d'être parfaite est efficace et donne envie de voir la suite sans trop savoir où celle-ci nous mènera ».

Kidding, Saison 1, 2018, 10 épisodes de ~30 minutes

Jeff Pickles est le présentateur, depuis de très nombreuses années, d'une émission de télévision de marionnettes pour enfants. Apprécié de tous, Monsieur Pickles est la gentillesse incarné. Mais la gentillesse peut-elle suffire à vous faire survivre quand vous perdez un enfant dans un accident et que votre famille se délite ?

Kidding c'est indéniablement Jim Carrey. Michel Gondry aussi certes, à la réalisation, qui apporte indéniablement sa patte. Et  Mais Jim Carrey est tellement parfait dans le rôle de Jeff Pickles - tellement crédible que cela en devient presque effrayant - qu'il est une raison suffisante pour regarder la série. Il faut bien sûr ne pas être allergique à l'acteur, mais sachez qu'il est ici dans un rôle plus doux, loin de ses grimaces incessantes, mais toujours avec son charisme inimitable. Pour autant les personnages secondaires ne sont pas en reste et l'équilibre se fait très bien.

Kidding est l'essence du tragicomique, entre une histoire sombre d'un homme qui tente de survivre dans un monde violent auquel il n'est pas adapté et la douce folie qui se dégage de nombreuses scènes et histoires secondaires. Kidding n'est pas une série triste ou une série drôle, c'est un réel entre-deux qui vaut surtout pour ses moments de pure poésie et pour l'inventivité qui est mise à l'oeuvre, et ce dès le générique qui change à chaque épisode.

Attention, Kidding est indéniablement une série particulière qui n'est pas nécessairement facile d'accès. J'ai personnellement mis quelques épisodes avant de m'y sentir vraiment à l'aise et d'avoir une vraie envie de la poursuivre, la série trouvant aussi réellement son rythme et son ton dans la seconde moitié de la saison. Mais la récompense est à la hauteur de l'attente, par un style propre, différent et quelques moments magiques.

Taboo, Saison 1, 2017, 8 épisodes de ~60 minutes

Londres, 1814. James Delaney rentre au pays, peu après la mort de son père, alors que tout le monde le pensait mort en Afrique. Homme changé par son récent passé, son retour vient bouleverser les plans de la royauté et de la Compagnie des Indes orientales en pleine guerre anglo-américaine. Pourquoi ? Vous regarderez.

Beaucoup n'auront besoin que d'un argument pour avoir envie de regarder Taboo : Tom Hardy. Et ils auront raison. Outre d'être avec son père et Steven Knight l'un des créateurs de la série, il en joue le personnage principal. C'est d'ailleurs faux, il ne le joue pas, il l'incarne, il l'habite, tant sa présence à l'écran est hypnotisante. Une performance magistrale, dans la lignée (pour la présence) de son rôle d'Alfie Solomons dans Peaky Blinders.

Et dans le même temps, si James Delaney est un personnage éminemment central, la série parvient à créer et faire graviter autour de lui de nombreux autres personnages qui sont chacun très bien caractérisés et s'assemblent très naturellement - exception faite peut-être de Zilpha avec laquelle j'ai eu plus que du mal. C'est d'ailleurs l'une des grandes forces de la série, ce sentiment de logique et de naturel, ce qui ne veut nullement dire que la série est prévisible, bien au contraire.

Du côté des défauts, la série est peut-être un poil lente au démarrage, mais cela monte en rythme et en puissance au fil des épisodes. Il faut aussi parler de la violence. Si celle-ci participe de la noirceur du cadre et des personnages, était-il vraiment nécessaire qu'il y ait toujours une ou deux scènes par épisode qui donnent envie de détourner le regard ?

Taboo est prévue pour durer trois saisons et cette première vient en clôturer le premier arc de manière satisfaisante, bien au-delà d'une simple introduction. Où ira la deuxième saison ? Tout est possible, et c'en est d'autant plus intéressant. Et qu'importe où cela ira : le plaisir de revoir Tom Hardy suffira.

mardi 8 janvier 2019

Écran de fumée #9 - Mozart in the Jungle

Mozart in the Jungle, 2014-2018, terminée en 4 saisons de 10 épisodes de 25-30 minutes.

Ce n'est certes pas la série de la décennie, mais Mozart in the Jungle est suffisamment sympathique pour mériter quelques mots et, pourquoi pas, quelques heures de votre temps de visionnage. Après tout, qui peut résister à une bonne dose de folie douce et de bonne humeur ? C'est en tout cas le programme de cette comédie dramatique (comprendre : on s'amuse mais pas que, et ce sans ridicule ni vannes à gogo) qui tourne autour de l'orchestre du New York Symphony. Ah oui, j'ai oublié : la série parle de musique classique.

Ne partez pas en courant ! Oubliez vos clichés et vos mauvaises impressions : c'est de la musique classique mais c'est cool, bien plus "rock'n'roll" que ce qu'on peut imaginer. Et ce grâce aux personnages tous plus ou moins doux dingues. Ils peuvent paraitre un peu exagérés, voire caricaturaux, au premier abord mais c'est finalement pour la bonne cause et pour apporter une saine loufoquerie qui ne tourne jamais au ridicule. Tout cette bande est sublimée par le "héros" de l'histoire, le nouveau chef d'orchestre Rodrigo De Souza (et son maté), interprété magistralement par Gael Garcia Bernal, bien loin d'un chef banal et ordinaire, respirant la bonne humeur et la différence.

Mozart in the Jungle compte de nombreuses qualités mais l'une de ses principales est certainement de sans cesse se réinventer et de tenter des choses. C'est florissant et ça en est jubilatoire de voir quelles surprises nous réserve la suite. C'est étonnant et surprenant dans le bon sens des termes. Ajoutez à ça un intelligent format court (des épisodes de 25-30 minutes qu'on prend plaisir à laisser dérouler jusqu'à la dernière seconde pour profiter des morceaux de musique classique habillant les génériques de fin) qui permet de garder de la fraîcheur et vous avez une très sympathique série aussi imaginative que plaisante !

jeudi 4 octobre 2018

Écran de fumée #8 - Luke Cage S2

Luke Cage, Saison 2, 2018, 13 épisodes de ~60 minutes.

C'était bien. Si, je vous jure, cette saison 2 était bonne. Remarquez, moi aussi si on m'avait dit avant de la regarder que j'en penserais ça, je n'y aurais pas cru. Il faut dire que la première saison était tellement mauvaise...

Le fameux "Syndrome Superman" : comment créer un intérêt quand le héros est invincible ? Cette saison 2 y répond de deux manières : avec un ennemi et des personnages secondaires intéressants, comme on peut s'y attendre, mais surtout avec un héros qui trouve son style, qui se démarque.

Alors oui, on se serait passé de revoir Mariah en pièce centrale - même si cela permet d'avoir Shades par la même occasion - mais heureusement le personnage est lui aussi un peu mieux réussi que dans la saison 1. Et puis, la compensation est à la hauteur : Bushmaster.

Bien sûr, tout n'est pas parfait. Les parties musicales, excellentes, donnent un style à la série mais apparaissent aussi souvent artificielles - sans même parler d'une certaine chanson au piano. Un élément (indice non-divulgâcheur : bras) est totalement sous-utilisé. Et on aurait facilement pu faire tenir le tout avec 2/3 épisodes de moins. Mais ne nous plaignons pas trop : le rythme reste bon dans l'ensemble, gardant de l'intérêt et du sens, surtout, jusqu'au bout - un chouïa moins dans le dernier tiers peut-être, mais ça passe.

Et cette fin. Cette fin ! Ce n'est peut-être pas grand chose, ça fera peut-être un flop, mais peu importe. Le moment était très bon à vivre, c'est bien là l'essentiel.

mardi 11 septembre 2018

Écran de fumée #7 - Jessica Jones S2

Jessica Jones, Saison 2, 2018, 13 épisodes de ~45 minutes.

« Ouais, cool, ça va enfin démarrer, ça va être bien je le sens ! Hein ? Quoi ? C'est terminé ? C'était le dernier épisode ça ? Ah... »

C'est à peu près ma réaction, véridique, à l'issue de cette deuxième saison de Jessica Jones. Cela résume quasiment tout, tant l'intérêt de cette saison que le potentiel - inexploité - de cet univers. 

Les personnages sont pourtant là, bien construits et globalement sympathiques - si on fait exception de Trish "Viens ici que je te baffe" Walker. On ne peut dire que cela soit désagréable à suivre. Mais, attention petit divulgachage dans la suite de cette phrase, il y a forcément un problème quand on est très heureux de voir réapparaitre un ancien méchant dans l'épisode 11.

Le problème est simple et tient en deux points : l'histoire est inintéressante et trop longue (encore une fois, #SyndromeMarvelNetflix). Enfin, ce n'est pas totalement inintéressant, mais pourquoi encore et toujours se concentrer sur le passé quand on voudrait simplement aller vers l'avant et tabasser quelques méchants ? Pourquoi passer 13 épisodes sur ce qui devrait en prendre la moitié ? Pourquoi les intrigues secondaires sont-elles plus intéressantes et actives que l'intrigue principale ? 

Quand on pense que malgré tout cela le visionnage n'est pas si désagréable, voire même plaisant par moment. Bien le bonjour à toi le potentiel inexploité, en espérant te rencontrer dans la saison 3.

mardi 27 février 2018

Écran de fumée #6 - Marvel's Netflix Universe Phase 1


Tout le monde connait les héros Marvel : Iron Man, Thor, Hulk, Captain America, ... Les superstars du cinéma* ! Et si tout cela n’était que l’apéritif ? Et si le Marvel Universe** le plus intéressant n’était pas celui qu’on croit ? Et si on regardait plutôt du côté de Netflix ?

* Oui, d’abord des comics.
** Oui, c’est en fait le même, mais les personnages des deux ne se croisent pas, alors autorisez-moi la formulation.

Tout commence en 2015. 4 super-héros, 4 séries, 4 histoires pour les présenter. Plus un crossover pour conclure cette Phase 1.
(Si vous voulez les regarder dans l’ordre, cela donne : Daredevil S1 – Jessica Jones S1 – Daredevil S2 – Luke Cage S1 – Iron Fist S1 – The Defenders S1.)
C’est tout comme au cinéma donc. Enfin, hormis à peu près tout le reste.

Le MNU (Marvel’s Netflix Universe – nom absolument non-officiel), c’est :
- des héros new-yorkais qui s’occupent de problèmes à leur échelle, c’est-à-dire dans leurs quartiers respectifs
- de vraies histoires, crédibles et logiques
- de vraies scènes de combat, crédibles et logiques***
- une ambiance sombre avec des héros tourmentés
- une certaine violence avec du sang qui gicle et des membres qui cassent
- un exceptionnel Daredevil

***Toute proportion gardée : cela reste des super-héros hein.

Nota : je suis une chochotte au niveau de la violence visuelle. Mais ça vaut vraiment le coup de détourner un peu les yeux de temps en temps pour pouvoir profiter de ce MNU.
Car oui, ce MNU est vraiment une réussite en tant que tout, à la fois intelligent et plaisant, et mérite, même si tout n’est pas d’un niveau égal, d’être regardé dans son entièreté pour l’apprécier complètement. Et si jamais ça vous parait trop, allez au moins regarder Daredevil.

Petit tour d’horizon rapide des séries, sans presque rien en dévoiler :

Daredevil S1 et S2
Vous avez en tête le film éponyme ? Ou vous en avez entendu les échos catastrophiques ? Bienvenue à l’exact opposé qualitatif.
Daredevil, c’est LA série qu’il faut voir, celle qui est directement entrée dans mon Panthéon personnel. C’est ce qu’il y a de meilleur en super-héros, cinéma et séries confondus.
C’est surtout un personnage fort, qui est éblouissant dès qu’il apparait et tout autant sympathique que torturé. C’est un méchant génial dans la saison 1, un « méchant » génial dans la saison 2, des personnages secondaires sympathiques, un boulot crédible pour développer des histoires, une impression de ne jamais savoir où l’on va aller, une ambiance sombre très jolie, …

Bref. Allez-y, c’est du tout bon.



Jessica Jones S1
Jessica Jones, c’est surement la moins « super-héros » du groupe. Enquêtrice à la force surhumaine, c’est surtout un personnage au caractère bien trempé. Trempé d’alcool, bien sûr.
Mais le vrai personnage principal de cette saison 1, c’est peut-être Kilgrave, son antagoniste – joué par le génial David Tennant. Un méchant… méchant. Horrible, affreux.
J’ai tout de même deux bémols :
- C’est vraiment trop violent pour moi, un cran au-dessus des autres, et ça m’a un peu gâché le plaisir.
- Ça aurait mérité d’être un peu plus court, il y a quelques passages/épisodes qui ne sont pas nécessaires.
Malgré tout, c’est une bonne saison 1. Et si celle-ci se concentre essentiellement sur l’histoire personnelle de Jessica Jones, il y a un potentiel énorme pour de futures saisons, son caractère et son boulot s’y prêtant parfaitement.



Luke Cage S1
Le raté de cette Phase 1 pour moi. Ce n’est pas non plus complètement mauvais, mais c’est là que j’ai pris le moins de plaisir. Pour deux raisons :
- Par définition, Luke Cage est quasi-invincible et donc un peu chiant. C’est comme Superman : on ne tremble pas pour quelqu’un à qui rien ne peut arriver.
- Il n’y a pas de méchant digne de ce nom. Et on sait comment va finir l’histoire dès le début, on peine juste à y arriver.
Tout n’est pas à jeter. Mais l’ensemble parait un peu forcé, dommage.




Iron Fist S1
Le seul super-héros fantastique, les trois autres ayant une explication rationnelle à leurs pouvoirs. Et un ton parfaitement opposé aux autres : c’est la série la plus lumineuse, même si elle se noircit avec le temps. J’ai trouvé ça rafraichissant de voir quelque chose de différent et j’ai trouvé ça plutôt pas mal, avec un petit jeu de complot sympathique.
La bonne surprise pour moi, étant donné que les critiques avait été globalement négatives pour cette série. Un bon moment, qui sert de base de lancement au crossover.


The Defenders S1
Admettons le défaut principal de la série pour commencer : il y a deux personnages qui sont là un peu de manière aléatoire. Et c’est assez logique étant donné que le grand méchant était déjà apparu chez les deux autres...
C’est vraiment le seul point noir, et la série arrive même à en jouer un peu.
Pour le reste, c’est plutôt bien mené. Sur seulement 8 épisodes - contre 13 pour toutes les autres saisons - dont une bonne partie pour créer un groupe de nos 4 héros. Comme à peu près n’importe quel crossover, ça fonctionne grâce à notre expérience avec les personnages et à leurs relations entre eux. Et intelligemment, ça ne multiplie pas les rebondissements, ça va à l’essentiel, et ça monte en puissance au fil des épisodes jusqu’à un dernier épisode scotchant !


Moralité ? Cette Phase 1 fut un plaisir et j’en reprendrai volontiers une Phase 2 !
Ah, et aussi : Daredevil Rules !

jeudi 19 mars 2015

Écran de fumée #5 - Peaky Blinders

BBC Two, 2013-en cours, 2 saisons, 12 épisodes de 60 minutes.

Birmingham, 1919. De retour de France et de la guerre, la famille Shelby, régnant sur une bande de gangsters, est bien décidée à asseoir son pouvoir sur la ville et à agrandir ses richesses. Sous la direction des trois frères Shelby, en particulier de l'ambitieux Tommy Shelby, ils devront entrer en lutte face aux autres factions en place et échapper à l'inspecteur Chester Campbell, de retour d'Irlande, envoyé par Churchill lui-même pour nettoyer la ville.

Bien que prenant de grandes libertés avec la réalité, en premier lieu avec les dates (le gang semble avoir connu son heure de gloire pendant la fin du XIXème siècle), les Peaky Blinders sont un groupe ayant véritablement existé. Leur nom, les visières aveuglantes, vient de leurs casquettes typiques comportant des lames de rasoirs cachées dans leurs visières, leur permettant d'aveugler leurs ennemis par un coup de tête ou par une utilisation manuelle. Ces casquettes sont omniprésentes à l'écran, très caractéristiques et fortement reconnaissables. Avec le reste des tenues, et le décor, elle donne un vrai cachet historique à l'ambiance.

Pour autant, Peaky Blinders n'est pas à proprement parler une série historique. Pas seulement en tout cas. Elle n'en prend que les meilleurs côtés, l'atmosphère, la patine, pour apposer dessus une histoire riche en rebondissements et en actions, où intrigue et personnages se partagent à égalité l'intérêt du visionnage.

Car, qu'ils reviennent de la guerre ou non, les personnages sont torturés et cherchent à se (re)construire. Tommy Shelby, porté par l'épatante sobriété de Cillian Murphy, porte toute la détresse du monde dans son regard. Au contraire de lui, son frère Arthur (Paul Anderson) est l'excentricité et l'extravagance même, bien aidé par la bouteille qui lui tient souvent compagnie. À leurs côtés, le petit John (Joe Cole) semble en retrait, éloigné, pas à sa place, soulignant encore plus les forts caractères de ses frères. Du côté des antagonistes, le détestable Chester Campbell (Sam Neill) est formidable d'antipathie. Les personnages féminins ne sont pas en reste et ne sont pas que des faire-valoir. Polly Gray (Helen McCrory), la tante de Tommy, a tenu les affaires pendant que les hommes étaient à la guerre et compte bien continuer à tenir la famille. Mais l'éclat vient de Grace Burgess, joué par l'éblouissante Annabelle Wallis, qui s'avérera être bien plus qu'une simple demoiselle en détresse.

Peaky Blinders est une excellente série à tous les points de vue : intrigue, personnages, acteurs, rythme. Même si elle peut demander un petit temps pour s'adapter et se mettre à pleinement l'apprécier (elle gagne en puissance au fil des épisodes), elle maîtrise pleinement la science d'être intéressante même dans ses moments de lenteur et de transition.

Et, cerise sur le gâteau, c'est une série "rock". La bande originale est totalement anachronique (Nick Cave, White Stripes, Raconteurs,...) mais offre un côté vivifiant et punchy qui colle idéalement à l'esprit de la série. Le générique sera d'ailleurs surement la citation la plus évidente qui vous restera à l'esprit :

♫ « On a gathering storm comes a tall handsome man in a dusty black coat with a red right hand. » ♫

Depuis jeudi dernier, la saison 1 est diffusée sur Arte. À ne pas louper !

vendredi 15 août 2014

Écran de fumée #4 - Éloge d'une certaine lenteur

Innocemment, on aurait tendance à dire que la lenteur dans une série, c'est chiant. Synonyme d'ennui ou de contemplation assoupissante dans l'inconscient collectif, une série supposément lente n'est pas forcément notre premier choix dans notre liste de lecture.
Pourtant, la lenteur est loin d'être toujours un défaut. Bien utilisée, cela peut même être une qualité primordiale. Accordez lui un bon scénario, un cadre remarquable, un excellent dialoguiste et de non-moins excellents acteurs et vous aurez peut-être la chance de voir se réaliser un petit chef-d'oeuvre. Car, bien dosée, la lenteur permettra de magnifier ces éléments, d'en utiliser le plein potentiel et de faire monter la pression.

Bon, tout ça c'est bien joli, théoriquement c'est très facile, mais dans les faits, ça donne quoi ?
Petit tournée de 3 séries qui conjuguent lenteur et réussite.


AMC, 2008-2013, 5 saisons, 62 épisodes de 45 minutes

Breaking Bad n'est pas la première série lente à avoir existé. Pourtant, elle marque pour moi un tournant dans l'histoire des séries télé en remettant cette qualité sur le devant de la scène. Pour toutes les séries récentes et pour toute la vague à venir, Breaking Bad aura assurément été une précurseuse.

Breaking Bad raconte la vie et l'évolution de Walter White. Professeur de chimie, il apprend qu'il a un cancer du poumon. Pour assurer l'avenir de sa famille, il se lance, avec un ancien élève, dans la fabrication et la vente de méthamphétamines.

Tout est bon dans le "Breaking Bad" !
Les personnages sont forts, bien construits et en évolution constante. Celui de Walter White, sans fausse note, restera une référence pendant bien longtemps. Surtout, ils sont portés par une flopée d'excellents acteurs (Bryan Cranston et Aaron Paul en tête, mais ils sont loin d'être les seuls).
L'histoire est prenante, crédible la plupart du temps, capable d'un grain de folie quand il le faut. L'utilisation des flashforwards, en début de saison ou d'épisode, est judicieuse et crée quelques moments mémorables (Walter White en slip, ça rappelle quelques souvenirs ?).
Et puis il y a donc cette lenteur, cette manière de prendre son temps, de laisser les scènes mariner, de laisser de la place aux acteurs pour s'exprimer. La tension monte, les répliques sonnent, et les climax n'en sont qu'encore plus étourdissants.

Pour beaucoup, Breaking Bad est l'une des meilleures séries de tous les temps. Les autres ne l'ont pas encore vue. De quel côté êtes-vous ?


HBO, 2014-en cours, 1 saison, 8 épisodes de 60 minutes

True Detective, c'est la série qu'on se rappellera - peut-être - dans le futur comme un tournant.

D'abord pour avoir (re)popularisé le format de l'anthologie (des saisons indépendantes qui raconte chacune une histoire complète). Ce n'est pas la première à l'avoir fait ces derniers mois, mais c'est bien celle qui a suscité le plus d'engouement et de visibilité. Sous réserve, bien sûr, que la saison 2 soit à la hauteur.

Conséquence en partie de ce premier point, la série se permet un casting hollywoodien, avec des acteurs qu'on ne s'attendait pas à voir là. L'efficacité est au rendez-vous : Woody Harrelson et Matthew McConaughey sont épatants.

C'est aussi la preuve qu'on peut encore faire quelque chose de bien avec une histoire policière, sans tomber dans le procedurial routinier habituel. C'est toutefois facilité par un format compact, en peu d'épisodes, qui vient confirmer une tendance plus générale à la série courte.

Ainsi, True Detective conte l'histoire de deux inspecteurs, Rust Cohle et Martin Hart, dans la résolution d'un meurtre en 1995. Ambiance Louisiane marécageuse, sombre et morbide. Et l'ambiance, c'est l'un des plus grandes forces de la série. Le noir est de mise et c'est pourtant splendide à observer, la photographie est admirable.

8 heures pour résoudre un meurtre, on ne peut pas contredire l'idée d'une certaine lenteur. L'intrigue prend son temps, fait même quelques détours, ne se limite pas à raconter une enquête mais bien à construire et déconstruire ses deux personnages principaux. Alors ces 8 heures passent à une vitesse folle. Il ne faut rien enlever à Woody Harrelson, très bon et absolument essentiel au rayonnement de son collègue. Mais Matthew McConaughey est simplement exceptionnel et mérite à lui seul le visionnage de la série. Hypnotisant à chaque apparition, ses monologues sont à chaque fois des pépites.

La saison 1 est bien construite, lente et captivante. L'exploit peut-il être répété dans la saison 2 ?


FX, 2014-en cours, 1 saison, 10 épisodes de 45 minutes

Alors que la saison 2013/2014 semblait avoir fourni sa perle avec True Detective, il s'est avéré qu'une deuxième se cachait dans son ombre : Fargo. Si le nom vous dit quelque chose, c'est normal. C'est en effet aussi le titre d'un film des frères Coen, ici producteurs, et la série est basé sur ce dernier. Mais pas d'inquiétude, la série se regarde indépendamment.

Difficile d'en faire un pitch très précis sans dévoiler un grand rebondissement. Simplement : un tueur à gage, Lorne Malvo, arrive dans la ville de Bemidji, transformant la vie de toute une frange de la population.

Au jeu des comparaisons, Fargo et True Detective ont pour commencer beaucoup de similitudes. Le format déjà, une anthologie, et un nombre d'épisodes restreint. Elles tirent aussi leurs forces des mêmes ingrédients : des personnages remarquables (la galerie est bien plus large dans Fargo), des excellents acteurs (dont Martin "je-ne-sais-pas-être-mauvais" Freeman, Billy Bob Thornton en tueur hypnotisant, Allison Tolman et Colin Hanks), des dialogues forts et une photographie léchée.

Mais au final, les deux séries n'ont rien à voir. Pour parler de l'atmosphère générale, si True Detective est noire, Fargo est blanche : grandes étendues de neige et paysages sublimes en perspective. Quant à l'histoire, elle ici complètement tragi-comique et pleine d'humour noir.

Et la lenteur donc. Même si la série ne manque pas d'actions d'éclat, elle repose tout de même grandement sur les dialogues et confrontations entre personnages. La réalisation leur laisse une grande place pour s'exprimer et n'hésite pas à faire durer ces moments. On a donc le droit à de nombreuses scènes de dialogues, de véritables duels verbaux aux répliques acérées. Et des silences tout aussi éloquents.

« Because some roads you shouldn't go down. Because maps used to say "there be dragons here". Now they don’t. But that doesn’t mean the dragons aren’t there. »

lundi 7 juillet 2014

Écran de fumée #3 - Doctor Who : Saison 1 à 7


Allons-y !

La série télé Doctor Who naît en 1963 sur la BBC. Elle raconte l'histoire d'un extraterrestre, le Docteur, ressemblant à un humain, dans ses péripéties à travers l'univers. Mais ce n'est pas n'importe quel extraterrestre : c'est un Seigneur du Temps (Time Lord en vo) qui possède un TARDIS, une machine à voyager dans le temps et l'espace. Et puis, parce que c'est mieux, il est - presque - toujours accompagné d'un "compagnon" humain.
Mais la vraie particularité du Docteur, c'est sa capacité de régénération : à l'agonie, il peut revenir en pleine forme mais sous une apparence et un caractère différent. Concrètement : un nouvel acteur. D'où, entre autres, la longévité de la série.
Une naissance en 1963 donc pour la "première" série. 26 saisons et 8 Docteurs plus tard, nous sommes en 1989 et la BBC arrête Doctor Who. Jusqu'à la ressortir des cartons en 2005 dans une "deuxième" série qui perpétue l'héritage de la "première" tout en étant parfaitement visionnable indépendamment. C'est, logiquement, de cette "deuxième" série (qui comporte 7 saisons jusqu'à présent) que je parlerai ici.

Alors pourquoi regarder Doctor Who ?
La série a plusieurs forces. La première, la plus évidente, c'est le Docteur. Un personnage qu'on ne peut qu'apprécier : à la fois extravagant et loufoque, intelligent et réponse à tout, mais aussi terriblement humain, sombre et tourmenté. Il ne s'explique pas, il se regarde. En tout cas, un vrai grand personnage. Il faut bien cela pour tenir 50 ans.
Si le Docteur est un personnage extraordinaire, la série regorge aussi de seconds rôles intéressants. En premier lieu les compagnons du Docteur qui sont bien plus que de simples faire-valoir. Et puis il y a les ennemis du Docteur, dont certains sont plus ou moins récurrents. Dans quelle autre série est-ce un tel plaisir de revoir des méchants ? Dans Doctor Who cela peut être le cas. Vraiment, qui n 'aime pas les Sontariens ?
Mais surtout, ce qui fait le succès de Doctor Who, c'est sa diversité et son évolution. Malgré un déroulement d'épisodes parfois proche du procedurial, il n'y a pas deux épisodes qui se ressemblent. Et pour cause, quand vous avez tout le temps et l'espace pour poser vos valises, les possibilités sont infinies ! Entre situations inédites et trame de fond, la série se renouvelle et avance constamment. Sans parler des différentes incarnations du Docteur qui amènent régulièrement de la fraîcheur et un style particulier.

Mais le meilleur argument pour tomber sous le charme de Doctor Who, c'est de la regarder.
Vous commencerez par la saison 1 avec le 9ème Docteur, Christopher Eccleston. Une bonne saison pour apprivoiser la série, apprendre les bases et cerner le genre. Même si les premiers épisodes ont une photographie légèrement vieillotte, la saison reste parfaitement d'actualité (et très rapidement on ne sent même plus l'ancienneté). Le seul problème de cette saison, c'est que c'est la seule du 9ème Docteur, un Docteur pas facile à prendre en main, qui n'aura pas eu le temps de faire un énorme impact, alors qu'il devient de plus en plus sympathique au fil de la saison.
Mais la déception va très (...) très vite passée. Parce qu'ensuite vient David Tennant, le 10ème Docteur. Mon préféré. Il est simplement incroyable, un jeu d'acteur exceptionnel et une sympathie instantanée. Il apporte un Docteur survitaminée et drôle mais aussi le Docteur le plus apparemment sombre et tourmentée. Si j'adore le jeu de David Tennant, j'aime aussi ce Docteur grâce au travail de Russell T. Davies, scénariste principal des saisons 2, 3 et 4. J'aime cet arc narratif qui se concentre principalement sur l'évolution de ses personnages et sur des histoires simples. C'est principalement à cause de ce cycle que j'ose dire que Doctor Who est la série la plus triste de tous les temps. Il n'y a qu'un seul reproche à lui faire : des fins un peu trop deus ex machina.
Ce n'est pas ce qu'on retiendra de l'arc suivant, les saisons 5, 6 et 7, dirigé par Steven Moffat. Matt Smith, dans le rôle du 11ème Docteur, réussit l'exploit de ne pas souffrir la comparaison avec David Tennant en proposant un Docteur à la fois proche (avec beaucoup de mimiques, de folie et de vitesse) et particulier. L'arc lui est complètement différent. Plus - un peu trop - compliqué, avec une grande trame de fond sur les trois saisons et complètement timey wimey. Un arc en dents de scie, avec du très bon et du moins bon, qui heureusement se conclut en apothéose.

Il n'y a qu'une conclusion à tout cela : Doctor Who c'est excellent. C'est une série éminemment riche, en renouvellement perpétuel, dans laquelle le spectateur est obligé de se retrouver impliqué émotionnellement.
Il n'y a qu'une seule chose à faire si ça ne l'est pas encore : l'essayer, en se forçant à aller au moins jusqu'à début de la saison 2.

Pour finir, le podium de mes épisodes préférés :

Une mention spéciale pour Blink/Les Anges pleureurs (S03E10), un épisode effrayant qui ne vous fait plus voir les statues de la même manière.
En troisième place, Vincent and the Doctor/Vincent et le Docteur (S05E10), ne serait-ce que pour ses magnifiques dix dernières minutes.
En deuxième position, The Day of the Doctor/Le Jour du Docteur (Spécial 50ème anniversaire), parce que c'est du pur plaisir.
En numéro 1, l'épisode qui m'a surement le plus marqué de toute la série, The Family of Blood/Smith, la Montre et le Docteur (S03E09) (indissociable de son prédécesseur Human Nature/La Famille de sang), magnifique palette de la personnalité du Docteur.

Geronimo !

Troisième participation pour le Summer Star Wars : Episode II