La Parabole des talents, Octavia E. Butler, Tome 2/2 des Paraboles, 1998, 582 pages
« Le ton eut vite fait de remonter ici et là. Quelques provocations entraînèrent des violations de cessez-le-feu en cascade. Là où des gouvernements, brusquement lucides, avaient entamé des pourparlers de paix, ceux-ci furent bientôt mis en lambeaux. La négociation exige courage et persévérance, la guerre est à la portée du premier imbécile. »La Parabole des talents reprend le récit de La Parabole du semeur peu de temps après sa conclusion. Si cette dernière concluait de manière satisfaisante l'aventure, elle laissait une place évidente pour prolonger le récit. Ce qui est fait ici par l'autrice, toujours avec talent et réussite. Retour donc dans ces États-Unis d'un futur proche où le chaos règne et les oppressions fleurissent.
La Parabole des talents pourrait être divisé en trois parties : construction, souffrance et reconstruction. La première et la dernière laissent une grande place à Octavia Butler pour développer plus longuement et concrètement les idées déjà entrevues dans La Parabole du semeur. L'autrice y fait preuve d'une grande lucidité sur les rapports de forces et luttes de pouvoirs entre groupes sociaux, parlant tout à la fois du passé, du présent et du futur - car l'oppression et le fanatisme sont malheureusement intemporels.
Ces deux parties sont parfois rudes à lire, mais c'est sans commune mesure avec la partie centrale qui est d'une violence rare. C'est dur, très dur, mais c'est nécessaire pour montrer toute l'horreur dont est capable l'homme - et ce n'est nullement que de l'imaginaire, malheureusement (bis).
La Parabole des talents est un très bon livre dans la continuité de son prédécesseur, le prolongeant et le renouvelant admirablement. Toutes les qualités évoquées dans mon billet précédent restent valables et je ne fais ici qu'effleurer sa puissance. Tout aussi intelligent que violent, Octavia Butler parvient à livrer un récit malgré tout agréable à lire, tant parce qu'elle évite tout pathos ou condescendance que parce qu'elle préserve toujours une lueur d'espoir. Un diptyque à la hauteur de sa réputation, incontournable pour tout lecteurice d'imaginaire engagé.
Couverture : Rampazzo / Traduction : Iawa Tate
D'autres avis : JMG, ...

