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mardi 28 janvier 2025

Francis Scott Fitzgerald - L'Étrange Histoire de Benjamin Button

L'Étrange Histoire de Benjamin Button, Francis Scott Fitzgerald, 1922, 101 pages

Tout le monde (ou presque) connait le pitch de L'Étrange Histoire de Benjamin Button : au lieu d'être un bébé normal, Benjamin Button nait en ayant l'allure d'un vieillard. Puis, au lieu de vieillir, il rajeunira tout au long de sa vie.

Et une fois que vous savez cela, vous savez tout de cette nouvelle de Francis Scott Fitzgerald. Il ne s'y passera rien de plus. L'idée de base est remarquable mais elle n'amène à rien : ni péripéties ni réflexions réellement intéressantes. Ça se lit facilement et sans déplaisir mais cela ne l'empêche pas d'être un texte insignifiant au-delà de son idée initiale.

Cette nouvelle ne faisant qu'une soixantaine de pages, ce petit recueil est complété d'un deuxième texte, La lie du bonheur. Un récit là aussi plutôt agréable à lire mais dont je cherche encore à savoir à quoi il mène et quel est son objectif. Je l'ai trouvé malheureusement vain.

Couverture : Biljana Nikolic - EyeM - Getty Images / Traduction : Véronique Béghain
D'autres avis : ...

vendredi 14 janvier 2022

Émile Zola - La Débâcle

La Débâcle, Émile Zola, Tome 19/20 des Rougon-Macquart, 1892, 582 pages

1870. L'heure est à la guerre entre la France et la Prusse. Patriotes, Jean Macquart et Maurice Levasseur se sont tous deux engagés pour aller combattre l'ennemi. Au sein du 106ème de ligne, ils deviendront amis, frères, et subiront ensemble toutes les déroutes de l'armée française.

Car La Débâcle porte très justement son nom. C'est une débâcle, et même plusieurs, tant l'armée française se fait malmener par l'armée prussienne. Avec en point d'orgue la bataille de Sedan qui verra la fin de l'Empire. Toute cette période, et cette guerre de manière plus générale, est très bien documentée par Émile Zola, de manière très précise. Trop même : à peu près tous les mouvements de troupes sont énoncés. C'est un véritable cours d'Histoire, à la fois instructif dans son ensemble tout en étant sensiblement ennuyant dans le détail.

La Débâcle est clairement un roman fait pour détailler cette défaite et le manque de préparation et de commandement de la France. Les personnages se déplacent sur le champ de bataille au gré des besoins de l'auteur. Heureusement, ces mêmes personnages sont aussi, pour la majorité, vraiment intéressants voire attachants - vive Henriette - et leurs histoires sont plaisantes à lire - si on omet l'horreur de certaines scènes. C'est d'ailleurs très facile à lire avec toujours cette capacité d'Émile Zola à décrire des scènes de manière cinématographique. Un bon cru en somme, avec même en un sens une petite note d'espoir pour finir (et du drame aussi, hein, quand même).
« (...) il fut très surpris de revoir, à sa droite, au fond du vallon écarté, protégé par des pentes rudes, le paysan qu'il avait vu le matin et qui continuait à labourer sans hâte, poussant sa charrue attelée d'un grand cheval blanc. Pourquoi perdre un jour ? Ce n'était pas parce qu'on se battait, que le blé cesserait de croître et le monde de vivre. »
Couverture : Alphonse de Neuville, "Combat sur la voie ferrée" (détail)
Lecture commune avec la Zolerie, Tigger Lilly et Alys.

mercredi 6 mai 2020

Jorge Luis Borges - Le Livre de sable

Jorge Luis Borges, Le Livre de sable, 1975, 144 pages

Le Livre de sable est un recueil de 13 courtes nouvelles teintées de fantastique, le plus souvent à petite dose, toujours narrées à la première personne. Rien d'étonnant à ce que l'auteur soit pourtant édité en collection générale, tant l'imaginaire ne semble pas l'élément le plus important. Jorge Luis Borges propose en effet des textes très "littéraires", où religion et philosophie sont souvent des thématiques centrales, plus descriptifs et réflexifs qu'actifs.

C'est parfois intéressant et basé sur de bonnes idées. Malheureusement ce n'est, pour moi, jamais assez abouti pour rendre vraiment plaisante la lecture, les textes restants généralement obscurs une fois la dernière ligne achevée. À réserver aux amateurs de littérature générale ou aux lecteurs ayant une forte capacité d'analyse ?

Couverture : Antonio Segui / Traduction : Françoise Rosset


Cinquième escale, Amérique Latine, pour le #DéfiCortex

mercredi 28 octobre 2015

René Barjavel - La Faim du tigre

La Faim du tigre, René Barjavel, 1966, 215 pages.

La Faim du tigre n'est pas un roman. C'est un essai sur la condition humaine. Son titre est extrait d'une citation de Charles-Louis Philippe, citation qui donne bien le ton et la thématique de l'essai de Barjavel :
« La faim du tigre est comme la faim de l'agneau. C'est la faim naturelle et implacable, mais douloureuse, de vivre. C'est cet appétit insatiable de provoquer ou d'endurer l'atrocité au quotidien, pour perdurer, toujours, ce sinistre théâtre où s'illustrent souffrances, crimes, terreur et esclavage, auxquels seule la Mort peut mettre fin. La Faim du tigre, c'est enfin et surtout la recherche rageuse de la raison pour laquelle, dans un cynisme sordide, ce sont la grâce, la beauté, l'innocence et l'amour, qui ont été choisis pour rythmer cette tragédie. »
Pas de récit politique ici mais un monologue sur les raisons de la vie humaine et sur son apparition, avec comme point d'orgue la recherche du "Créateur" et la redéfinition du terme "Dieu" à une entité primaire non galvaudée par les religions. C'est purement philosophique et métaphysique, et c'est pourtant facile d'accès et grand public grâce à un style très imagé et limpide, accompagné de nombreux exemples et phrases qui font mouche.

De par l'objectif initial du livre et pour quelques idées, je ne peux pas dire que j'ai apprécié ma lecture et que je la recommande. Pour autant, ça reste agréable à lire dans sa grande majorité, il y a de l'intelligence et de belles démonstrations dans un phrasé percutant. Barjavel se fait plaisir et ça se ressent. Un livre bien particulier, étonnant et détonant.
« Coupez en deux un petit ver flamaire, sa tête va reconstituer une queue, et sa queue une tête, et vous aurez deux vers. Essayez d'en faire autant avec un caniche... »

CITRIQ

lundi 20 juillet 2015

René Barjavel - Le Voyageur imprudent

Le Voyageur imprudent, René Barjavel, 1944, 245 pages.

En 1940, Pierre Saint-Menoux est à la guerre quand il fait la rencontre de M. Essaillon, un physicien avec lequel il a déjà correspondu dans une revue de mathématiques. Ce dernier vient de finir une découverte et lui propose de l'essayer avec lui : voyager dans le temps.

Écrit en 1943, à l’exception de sa postface dickienne écrite par René Barjavel en 1958, Le Voyageur imprudent ne fait pas sentir le poids des années écoulées. À l’exception de quelques phrases sexistes, peu nombreuses heureusement, le roman n’apparaît que très peu daté. Au contraire, il semble même encore tout à fait d’actualité.

Évidemment, le sujet pourra sembler déjà lu pour les adeptes du genre. Mais il faut recontextualiser l’œuvre pour bien en saisir toute sa force. Après le fameux La Machine à explorer le temps de H.G. Wells, Le Voyageur imprudent est l’un des premiers romans à traiter du voyage temporel.

Et il le fait bien, en évoquant toutes les grandes problématiques du sujet : autocorrection du passé, analyse du futur, influence sur soi-même,... Avec en prime quelques idées intéressantes et un sens du rythme certain : le roman est à la fois très cadré dans ses nombreuses questions posées qui n’empiètent pas les unes sur les autres, mais pourtant tout à fait fluide et sans temps mort.

Le Voyageur imprudent est un court roman – d’une taille parfaite pour le sujet à développer - qui se lit très bien. C’est aussi, surtout, une excellente introduction à la thématique du voyage temporel, balayant ses principales contraintes de manière simple et efficace.


Quatrième lecture pour le challenge Summer Short Stories of SFFF

Quatrième décalage temporel pour le challenge Retour vers le Futur

jeudi 13 mars 2014

René Barjavel - L'Enchanteur

L'Enchanteur, René Barjavel, 1984, 471 pages.

J'ai déjà lu du René Barjavel. Au moins un. Mais ce n'est pas la raison pour laquelle j'ai lu ce livre. Je me souvenais de l'avoir vu dans la bibliographie du Winter Mythic Fiction. Surtout, j'avais envie de (re)découvrir Merlin et Arthur.

De la légende arthurienne, tout ce que je connais me provient principalement de deux sources : la série Kaamelott et le dessin animé Merlin l'enchanteur. Autant dire que je ne suis pas le plus grand spécialiste du sujet. Néanmoins, après un détour post-lecture vers wikipédia, je suis en mesure de croire que René Barjavel a fait du très bon travail en respectant sur un grand nombre de points la véritable histoire.

L'Enchanteur, comme son titre l'indique, suit évidemment le personnage de Merlin dans ses interventions pour aider à la quête du Graal. Mais ce sont bien les aventures de toute une galerie de chevaliers que nous offre l'auteur. Une lecture quasiment historique dans son tour d'horizon de la Table Ronde et de ses principaux événements.

L'apport principal de René Barjavel se situe dans le style. Un style moderne, notamment dans les dialogues, qui permet une lecture facile d'accès et complètement XXIème siècle de ce mythe du Moyen-Age. Attendez-vous aussi à quelques anachronismes, pointes d'humour disséminées ici et là.

Je ne sais pas ce que vaut L'Enchanteur pour quelqu'un féru de la légende arthurienne. Mais pour moi, piètre connaisseur, ce fut un très bon moyen d'approfondir mes connaissances. Une lecture qui n'emporte pas forcément le lecteur mais qui fait le boulot pour découvrir les aventures de la Table Ronde.

Cinquième participation au Winter Mythic Fiction

dimanche 29 septembre 2013

Yukio Mishima - Le soleil et l'acier

Le soleil et l'acier, Yukio Mishima, 1968, 121 pages.

La lecture japonaise du mois de septembre, toujours dans le cadre du Challenge Écrivains Japonais d'Adalana. Ce mois-ci est consacré à Yukio Mishima. J'ai choisi de lire Le soleil et l'acier un peu par fainéantise, et aussi parce que l'idée pouvait sembler prometteuse : un livre quasi-testament pour un auteur qui se fera seppuku deux ans plus tard. 

J'ai hésité à chroniquer ce livre, puisque je dois avouer que je n'en ai pas compris grand chose. C'est un essai où l'auteur discute de plusieurs sujets tous plus philosophiques et abstraits les uns les autres. On suit sa démarche pour unir le monde des mots, le monde de l'esprit et le monde du corps, pour s'assurer de la réalité en se désolidarisant de tout imaginaire, tout en flirtant avec la mort.

Je signale que ma dernière phrase est plus concrète et simple que le moindre paragraphe que vous pourrez trouver dans ce livre. Clairement je n'étais pas au niveau pour lire un tel livre, demandant énormément d'attention et d'intelligence. D'accord, peut-être qu'en pensant 20 minutes sur chaque page et en analysant tout, j'aurais pu en comprendre plus. Mais je n'en ai pas le courage. J'ai quand même tout lu, et j'y ai malgré tout trouvé des choses intéressantes dans les bribes que j'ai comprises. 

Étonnamment, je ne suis pas dégoûté de Yukio Mishima. Au contraire, je suis plutôt intrigué par cet auteur, et particulièrement par sa vie. J'essayerai peut-être un(e) de ses romans/nouvelles, et j'aimerais encore plus trouver une bonne biographie de cet homme singulier.

jeudi 2 mai 2013

Jacques Sternberg - 188 contes à régler

188 contes à régler, Jacques Sternberg, 1988, 378 pages.

Je n'avais jamais entendu parler de Jacques Sternberg. En tout cas pas avant de voir que Lune classe 188 contes à régler parmi ses livres à sauver en cas de fin du monde. Et oui, le gros 42 qu'on peut voir à la fin de sa chronique est un argument pour la lecture de ce livre (je n'ai jamais admis être logique et rationnel).

J'ai donc essayé ce livre, ou plutôt ce recueil. Car comme son nom l'indique, Jacques Sternberg nous livre 188 histoires (je ne les ai pas comptés, mais j'ai confiance), des nouvelles (peut-on dire nouvelles ?) brèves, pouvant faire une ligne ou quelques pages, pour une moyenne globale et à vue d'oeil de 1 page.
Les clichés
« D'après les estimations, 250 000 japonais eurent le temps et l'idée de prendre un cliché de l'explosion atomique qui devait les tuer et raser Tokyo à la fin de la guerre sino-japonaise de 2014. »
Il y a un peu de tout parmi ces brefs contes, mais on peut définir des grands thèmes récurrents : la science-fiction (inventions, autres planètes, extraterrestres,...), le nautisme, la guerre (notamment 39-45 et les camps), le sexe, le cinéma, Dieu. Mais plus que des thèmes, ce qui revient au fil de toutes les pages, c'est un pessimisme et une ambiance très sombre. Jacques Sternberg dépeint des humains méchants et mauvais, une société où tout va mal et où rien n'ira mieux. Soyez prévenus, c'est plutôt dur.

C'est une expérience toute particulière que de lire ce livre. On est continuellement à la frontière entre l'humour très noir, le sarcasme, et l'envie de se suicider. Il y en a un paquet qui m'ont plu, et m'ont fait rire (noir ou jaune, au choix). Le ton est critique et acerbe, et ça fonctionne. Mais il y en a d'autres où j'ai eu plus de mal (souvent celles où il est plus question de pure science-fiction il me semble). Ce qui est normal je pense, pour un livre qui comporte 188 textes différents. On peut difficilement tout mettre au même niveau.

Au final, cela donne une plutôt bonne lecture, avec des hauts et des bas. Un livre parfait pour piocher dedans de temps à autre, à condition de ne pas être d'humeur trop morose.
L'invention
« Il avait inventé une petite antenne portable qui supprimait radicalement les pensées parasites du cerveau humain.
Il l'essaya avec succès sur sa propre personne. A peine avait-il donné le contact qu'il ne pensait plus qu'à la mort, à l'inutilité de toute entreprise, à la vanité d'avoir mis au point un engin révolutionnaire. Le temps de penser à couper le contact, il s'était suicidé. »