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lundi 5 décembre 2022

Bulles de feu #45 - La Bibliomule de Cordoue

La Bibliomule de Cordoue, Wilfrid Lupano et Léonard Chemineau, 2021, 251 planches

Califat de Cordoue, fin du Xème siècle. Sous les règnes d'Abd Al-Rahman III et d'Al-Hakam II, le califat a vécu une période de prospérité et de relative paix où le développement de la vie culturelle fut une des priorités, notamment par l'établissement d'universités et de bibliothèques. Mais à la prise de pouvoir d'Almanzor, leur successeur, tout change et l'une des premières décisions du nouveau calife est de brûler la majorité des livres. Tarid, bibliothécaire, accompagné de Lubna, une esclave instruite, et de Marwan, un ancien apprenti devenu voleur, décide alors d'en sauver le maximum en fuyant avec une mule chargée plus que de raison.

Assez étonnamment, je n'ai pas eu de vrai grand coup de coeur pour La Bibliomule de Cordoue. C'est ce que je peux dire de plus négatif sur cette BD. Car malgré cela, La Bibliomule de Cordoue est indéniablement un excellent ouvrage qui réussit tout ce qu'il entreprend et qui mérite incontestablement d'être lu. Car c'est un livre aussi intelligent dans son fond que dans sa forme.

Le fond, c'est une ode aux savoirs et à la nécessité de les conserver et de les protéger. En miroir, c'est la dénonciation des fanatismes en tout genre qui cherchent à les éradiquer pour mieux s'imposer. Cela vaut pour le règne d'Almanzor présenté ici, mais cela prend place à toutes les époques, la nôtre en tête, ce qui est judicieusement explicité en fin d'ouvrage.

Pourtant, l'ambiance n'est pas du tout pesante. La Bibliomule de Cordoue une BD tout à fait plaisante, voire joyeuse. Ce grâce à l'habile alternance entre les péripéties rocambolesques et les running gags à base de bibliomule - qui déteste les mathématiques - d'un côté et les passages plus sérieux sur le passé des personnages et la situation socio-politique de l'autre. C'est intelligemment construit et le rythme est absolument impeccable, sans lassitude ou manque sur aucun des aspects. Ce mélange de sérieux et d'amusement est d'ailleurs parfaitement synthétisé par le style graphique de Léonard Chemineau, avec un trait à la fois net et précis tout en gardant une bonne part de fun.

Il n'y a guère de surprise à ce que tout soit millimétré et maitrisé avec Wilfrid Lupano au scénario. Je n'ai pourtant pas manqué d'être impressionné par la créativité dont les deux hommes font preuve ici. Ils utilisent à fond le média bande-dessinée et ce qu'il permet. Cela se situe autant dans la liberté dans les enchaînements de cases ou les petites trouvailles à l'intérieur de celles-ci que dans l'utilisation des planches sans bulle qui permettent des transitions et des respirations qui en disent pourtant au moins autant que les autres planches. C'est éminemment respectable et agréable, et ça participe du fait que La Bibliomule de Cordoue est une excellente BD.

Quelques planches ici.
D'autres avis : Tigger Lilly, Yuyine, ...

mercredi 23 mai 2018

Bulles de feu #6 - Des tomes en vrac !

 
 Jirô Taniguchi, Les Gardiens du Louvre, 2014, 130 planches.


C'est du Jirô Taniguchi, c'est donc joli. Mais même si ça se lit bien, l'histoire n'est pas passionnante. "Simple" visite du Louvre, sous différents angles et avec toujours un brin de fantastique, c'est certainement bien plus intéressant si on est passionné par le sujet.
On notera quand même une très bonne partie sur la seconde guerre mondiale. Mais ça n'en fait pas une lecture indispensable.


Dernières migrations, Le Grand Mort tome 7/?, Régis Loisel, Jean-Blaise Djian et Vincent Mallié, 2017, 58 planches.

Je ne sais déjà pas trop comment j'en suis arrivé à ce septième tome, mais je crois bien que je vais devoir arrêter avant que les auteurs ne le décident pour moi. Un résumé de ce tome ? Rien. Il ne se passe rien, ça n'avance pas. Je suis vraiment incapable de dire à quoi sert ce tome.

Comment faire fortune en juin 40, Fabien Nury, Xavier Dorison et Laurent Astier, 2015, 112 planches.

Adapté d'un roman de Pierre Siniac, il n'est pas étonnant que Comment faire fortune en juin 40 ait été rédigé à l'origine comme un scénario de film tant on a l'impression de lire un film (aussi étrange que cette phrase soit). 
Le pitch : une bande de personnages détonnants cherchent à voler un convoi de 2 tonnes d'or que la Banque de France tient à mettre en sécurité à Bordeaux. Et si vous n'êtes pas allergique au genre, c'est tout bon, avec son lot d'actions et de surprises (pas toutes joyeuses, loin de là). Un bon divertissement.

Ils ont fait l'histoire, Mao Zedong et Saladin, 2016 et 2015, 46 et 46 planches.

Découverte pour moi de la collection "Ils ont fait l'Histoire", énième collection dédiée à l'Histoire, ici axée sur des personnages historiques, retraçant leurs vies et agrémentée de postfaces d'universitaires. Pour ne pas faire les choses simplement, j'ai lu deux tomes de personnages non-européens dont je ne maitrisais pas vraiment le cadre historique, cela participe peut-être, surement, de mon avis un poil négatif, étant donné qu'il était compliqué pour moi de me situer.
Mais au-delà de ça, l'angle choisi pour Mao est étonnant (dans le mauvais sens du terme malheureusement) et la chronologie non linéaire vraiment ardue à suivre et peu utile. C'est simple : j'ai préféré lire la postface que la bd en elle-même. Quant à Saladin, c'est une lecture correcte sans être plus enthousiasmante que ça.
Une collection à réserver aux férus d'Histoire pour l'apport de chercheurs et d'universitaires.

La Magicienne, Les Vieux Fourneaux tome 4/?, Wilfrid Lupano et Paul Cauuet, 2017, 54 planches.

Une série qui vieillit aussi bien que ses personnages ! C'est du tout bon, peut-être même meilleur que les tomes précédents : un bon mélange de préoccupations d'actualité et de généralités, par la plume acérée de Lupano et porté par le bon dessin de Cauuet, dans un tome où on en a à se mettre sous la dent. Chapeau !

dimanche 20 mai 2018

Bulles de feu #5 - En quatre tomes

Le chiffre 4 serait-il maudit ? Car si les trois quadrilogies suivantes ont des qualités, aucune n'atteint un vrai sommet de perfection. Pire : on se retrouve même déçu de leurs potentiels non-utilisés.
Spoiler Alert : Lupano s'en sort mieux que les autres, évidemment.

Le Soufflevent, Andoryss et Xavier Collette, 2014-2017, 45/46/46/46 planches.

Le Soufflevent, c'est avant tout un bon point de départ : dans un monde typé fantasy, une jeune fille (et son chat ailé !) cherche à échapper à des militaires qui souhaite lui prendre la création de son père, le soufflevent, étrange "chose" qui contrôlerait le pouvoir des vents. Le tout promet de l'aventure et du voyage, surtout si on en croit la carte présente au début de chaque volume et les différents titres des tomes. Mais...

Mais ça ne décolle jamais. L'aventure et le voyage sont limités à leur minimum, et le plus souvent entre les tomes, dans des parties que l'on ne voit pas. J'ai vraiment eu l'impression de lire toutes les moments inintéressants de l'histoire, les parties figées. Et en parlant de "figer", si le dessin est plutôt joli, je l'ai trouvé trop statique à mon goût.

Dommage, ça aurait pu être bien.

L'Expert, Frank Giroud et Brada, 2003-2007, 46/46/46/54 planches.

L'Expert nous propose une enquête historico-religieuse, entre la Lithuanie du XVème siècle et notre époque. Dis comme ça, ça peut faire peur, mais c'est intéressant et l'aspect complot religieux n'est que peu présent. Il faut certes mieux aimer le genre, mais ça se lit bien.

Sauf que ça part un peu en cacahuètes dans le dernier tome. Bon, s'il n'y avait que ça, on aurait pu le mettre sur le compte de la collection et s'en accommoder. Ce qui passe moins, c'est les innombrables récapitulatifs et ré-explications : j'apprécie qu'on veuille bien poser les choses pour que tout le monde ait compris, mais trop c'est trop. Dois-je considérer qu'on me prend pour un parfait idiot ?

Ça aurait pu faire une bonne trilogie, ça n'est qu'une quadrilogie un peu décevante. Et si jamais vous le lisez un jour, prévenez moi si dans votre quatrième tome la Lada verte annoncée dans une bulle est bien verte. Parce que chez moi, elle était rouge...

L'Assassin qu'elle mérite, Wilfrid Lupano et Yannick Corboz, 2010-2016, 54/56/54/46 planches.
« C'est ça qu'il faudrait faire : créer de toutes pièces un ennemi de la société à partir d'un être innocent ! (...) voilà qui serait une œuvre d'art subversive et véritablement décadente. Donner à cette odieuse société l'assassin qu'elle mérite ! »
C'est le point de départ de ce drame, car il n'y a pas d'autres mots pour qualifier cette histoire, où un riche rentier se joue d'un jeune homme pauvre et honnête. Et c'en est quasi-hypnotisant.

Le seul écueil de L'Assassin qu'elle mérite, qui est plus un double diptyque qu'une vraie quadrilogie, c'est de ne pas répondre exactement à sa promesse de départ : si les deux premiers tomes, qui se déroulent à Vienne, ont une réflexion sociétale, les deux derniers, qui se déroulent à Paris, se concentrent bien plus sur le microcosme des nos personnages principaux. Et c'en est un poil décevant, tant on aurait voulu en voir plus, avec une histoire encore plus impressionnante. La mise en garde se situait peut-être dans le titre de l'oeuvre...

Si la déception peut pointer le bout de son nez, L'Assassin qu'elle mérite reste une belle oeuvre, avec un scénario précis à la Lupano et un beau dessin de Corboz. Attention cela dit, ce n'est pas joyeux. Quant à la morale... Quelle morale ?