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vendredi 14 octobre 2022

Joëlle Wintrebert - Pollen

Pollen, Joëlle Wintrebert, 2002, 317 pages

Sur Pollen, des descendantes de la Terre ont fondé une société matriarcale où la violence est proscrite, les quelques guerriers assurant la protection de la planète étant stationnés sur un satellite naturel. L'autre particularité de Pollen, c'est la reproduction, exclusivement in vitro et créant des sorories composées de deux femmes et un homme. Un système qui tend vers l'utopie. Mais toute utopie a ses zones d'ombre et ses esprits rebelles. En l'occurrence, la triade de Sandre, Salem et Sahrâ, dont le premier nommé commet, dès la première page, l'un des interdits absolus de Pollen : un meurtre.

Pollen a, sur de nombreux points, des airs d'Ursula Le Guin. D'abord pour sa plongée un peu ardue dans un tout nouveau monde, aux conventions bien différentes des nôtres et qui se dévoileront peu à peu, apportant cette satisfaction de la découverte et de la compréhension de l'altérité. Une différence qui s'étend dans l'écriture de Joëlle Wintrebert, où la règle de primauté s'accorde au féminin. Une discrète touche qui fait pleinement sens.

La société de Pollen est donc un matriarcat et cela fait une bonne base pour classer le roman dans les textes féministes. Pourtant, les enjeux de l'ouvrage sont plus vagues et modérés. C'est là que l'on retrouve certainement le plus grand point commun avec Ursula Le Guin : Joëlle Wintrebert propose un texte tout en nuances, sans manichéisme ou idéalisation, qui pose un regard lucide sur les relations humaines et qui s'avère un formidable hymne à l'égalité. Et tout ça avec un récit dynamique. Un très bon roman en somme.

Couverture : Olivier Fontvieille

samedi 20 avril 2019

Joëlle Wintrebert - Les Olympiades truquées

Les Olympiades truquées, Joëlle Wintrebert, 1998, 313 pages.

Sphyrène est une nageuse se préparant pour les Jeux Olympiques, avec tout ce que cela implique du culte du corps. Maël, elle, est une clone, réplique d'une grande musicienne disparue dans un accident, dont le père - du clone - est l'ancien mari - du modèle. Les Olympiades truquées est un roman qui traite du corps dans tous ses états, et pas nécessairement les plus ragoûtants. Ce qui donnera le droit à quelques scènes forts crues et sexuées qui m'auront personnellement quelque peu sorti du livre.

Mais Les Olympiades truquées est aussi, évidemment, un roman qui parle du sport et plus précisément du "toujours plus", des enjeux qui explosent et du développement du dopage. Des idées intéressantes, toujours d'actualité même si leur écho est sensiblement différent - mais pas moindre - du moment de l'écriture, malgré un certain manichéisme et une vision très sombre qui amoindrissent quelque peu le constat.

Tout ça, et même plus, via des chapitres courts et des points de vue changeant sans cesse, en seulement 300 pages. Malheureusement, cela ne laisse pas la place nécessaire au bon développement de l'histoire ou des idées. C'est le problème du livre : il y a trop de choses, beaucoup trop de choses, et du coup tout parait survolé, et un peu plat, jusqu'à une partie finale - les JO, enfin ! - bouclée en si peu de pages. C'est d'autant plus dommage que ça aurait pu être vraiment bien.