Pollen, Joëlle Wintrebert, 2002, 317 pages
Sur Pollen, des descendantes de la Terre ont fondé une société matriarcale où la violence est proscrite, les quelques guerriers assurant la protection de la planète étant stationnés sur un satellite naturel. L'autre particularité de Pollen, c'est la reproduction, exclusivement in vitro et créant des sorories composées de deux femmes et un homme. Un système qui tend vers l'utopie. Mais toute utopie a ses zones d'ombre et ses esprits rebelles. En l'occurrence, la triade de Sandre, Salem et Sahrâ, dont le premier nommé commet, dès la première page, l'un des interdits absolus de Pollen : un meurtre.
Pollen a, sur de nombreux points, des airs d'Ursula Le Guin. D'abord pour sa plongée un peu ardue dans un tout nouveau monde, aux conventions bien différentes des nôtres et qui se dévoileront peu à peu, apportant cette satisfaction de la découverte et de la compréhension de l'altérité. Une différence qui s'étend dans l'écriture de Joëlle Wintrebert, où la règle de primauté s'accorde au féminin. Une discrète touche qui fait pleinement sens.
La société de Pollen est donc un matriarcat et cela fait une bonne base pour classer le roman dans les textes féministes. Pourtant, les enjeux de l'ouvrage sont plus vagues et modérés. C'est là que l'on retrouve certainement le plus grand point commun avec Ursula Le Guin : Joëlle Wintrebert propose un texte tout en nuances, sans manichéisme ou idéalisation, qui pose un regard lucide sur les relations humaines et qui s'avère un formidable hymne à l'égalité. Et tout ça avec un récit dynamique. Un très bon roman en somme.
Couverture : Olivier Fontvieille

