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mardi 22 octobre 2019

Bulles de feu #18 - Zidrou & Beuchot, duo gagnant

J'avais parlé ici-même de Tourne-Disque, une très belle bande-dessinée aux couleurs chaudes, tout en simplicité et en douceur. Elle fait partie d'une série de trois BD, la "Trilogie africaine" de Zidrou et Raphaël Beuchot, qui se compose de trois one-shots indépendants. Voici les deux autres. Divulgâcheur : c'est tout aussi bien.

Le Montreur d'histoires, Zidrou & Raphaël Beuchot, 2011, 96 planches
« Je m'appelle Amina mais tout le monde, maintenant, m'appelle "Mamina". Quand on est vieux, on vous donne un autre nom que le vôtre. Comme si vous deviez d'abord vous détacher du nom avant de vous détacher de ce qu'il représente. »
Le Montreur d'histoires conte l'histoire de "Il était une fois", un marionnettiste itinérant. Il n'est pas nécessaire d'en dire beaucoup plus, si ce n'est qu'on apprendra que cette itinérance n'est pas forcément volontaire et qu'il sera de nouveau confronté aux raisons de cette mobilité.

Commençant très gentiment, Le Montreur d'histoire s'avère être une histoire bien plus dure que ce que les premières pages - et les couleurs toujours chaudes et magnifiques - peuvent laisser présager. C'est dur, c'est triste, mais c'est aussi magnifique. C'est une ode aux histoires, à leurs pouvoirs, à leur nécessité. Et quel plus bel hommage aux histoires que d'en raconter plusieurs dans un même album, de si belle manière, avec une écriture superbe et ciselée, agrémentée d'agréables dessins. Une magnifique BD, tout simplement.
« Mais la vie n'est pas une histoire. Ou alors, celui qui la raconte le fait vraiment très mal. »
Un tout petit bout d'elles, Zidrou & Raphaël Beuchot, 2016, 112 planches

Se déroulant dans un passé assez intemporel, Le Montreur d'histoires et Tourne-Disque ont un certain côté "fables", amplifié par des couleurs chaudes et vives. Ce n'est pas le cas de Un tout petit bout d'elles où les couleurs perdent en flamboyance et le récit s'ancre bien plus dans le présent.

Et pour cause. Car sur un léger fond d'investissement chinois en Afrique, le sujet principal est l'excision, une pratique que plusieurs centaines de filles subissent encore chaque jour.

L'intrigue de ce troisième tome du duo Zidrou/Beuchot est mince, on pourra le regretter. Mais l'essentiel est ailleurs. L'essentiel c'est la nécessaire mise en lumière de ce sujet trop méconnu, étayée d'un dossier de quelques pages pour conclure l'ouvrage. Et c'est déjà beaucoup.

mardi 4 juin 2019

Bulles de feu #16 - Zidrou & friends

Emma G. Wildford, Zidrou & Édith, 2017, 100 planches

Angleterre, début du XXème siècle. Emma G. Wildford attend le retour de son fiancé, parti à l'aventure en Laponie, sur les traces d'une légende samie. Après un an d'absence sans nouvelle, la jeune femme prend à son tour la direction du nord, sous le regard choqué de l'époque.

Le personnage d'Emma G. Wildford, femme n'ayant que faire du regard de la société et bien décidée à vivre sa vie comme elle l'entend, fonctionne plutôt bien. (En tout cas bien mieux qu'une certaine Valentine Pitié.) Néanmoins, plus que le personnage, la qualité d'Emma G. Wildford tient surtout dans son esprit d'aventure et son récit quasi-initiatique, très plaisant à suivre.

Une bonne BD, pas nécessairement exceptionnelle, mais qui est assurément un cran au-dessus de la normalité, et ce notamment grâce à l'excellent travail d'édition. On trouve ainsi à l'intérieur des pages d'Emma G. Wildford quelques objets - photo, ticket d'embarquement et lettre - liés au récit et l'écrin se referme d'une double couverture à rabats magnétiques. Du détail, certes, mais qui donne ce petit plus, cette impression de lire quelque chose de différent. Et c'est parfois tout ce qu'il faut pour devenir marquant.

Tourne-Disque, Zidrou & Raphaël Beuchot, 2014, 102 planches

Invité au Congo belge pour donner un concert, le violoniste Eugène Ysaÿe se retrouve bloqué par un torticolis et doit prolonger son séjour. Ce sera l'occasion pour lui de faire une rencontre inattendue et marquante avec la culture locale.

Eugène Ysaÿe est un personnage réel mais cette histoire est, à priori, une totale invention. Cela n'en reste pas moins un intéressant coup de projecteur qui donne envie d'aller en lire plus sur cet homme. Pour continuer sur ce que n'est pas cette BD, le colonialisme y est une toile de fond qui apparait en filigrane mais est très loin d'être le point focal de l'histoire.

Mais alors, qu'est-ce qu'il y a dans ce Tourne-Disque ? Une histoire très simple, la rencontre de deux hommes unis par les liens de la musique. C'est simple, certes, mais ça ne fait que renforcer la gentillesse et l'émotion qui se dégagent de ce récit. C'est beau, tout simplement. Les mêmes compliments peuvent d'ailleurs s'appliquer aux dessins, dans un style très propre, et encore plus aux couleurs, très colorées et très chaudes. C'est simple, c'est beau, c'est efficace. Un petit bijou comme une douce mélodie.

vendredi 29 mars 2019

Bulles de feu #12 - Histoires de guerres

Le Chant du Cygne, Série terminée en 2 tomes, Xavier Dorison, Emmanuel Herzet et Cédric Babouche, 2014-2016, 57 et 65 planches.

1917. Suite à la dévastatrice bataille du Chemin des Dames, une pétition circule entre soldats français pour faire arrêter cette boucherie. Une pétition qui tombe entre les mains du lieutenant Katz et de ses hommes, qui devront se rendre au plus vite à Paris pour la remettre au Parlement et faire écarter le général Nivelle.

Sous couvert d'une imaginaire (?) pétition, les auteurs nous proposent une sorte de "buddy-road-movie" où une bande de soldats doit parvenir à Paris, non sans, évidemment, devoir éviter un lot d'embuches. Ne vous fiez pas complètement à ma qualification : Le Chant du Cygne n'est pas une amusante balade dans la campagne. Au contraire. Et pourtant, le ton est finement dosé : c'est dur, c'est dramatique, mais ça reste dans le même temps très agréable à lire. Une contradiction en grande partie rendue possible par un dessin (à découvrir ici) qui parvient à dédramatiser l'ambiance.

Un intelligent et émouvant diptyque qui permet d'évoquer habilement les mutineries de 1917. À lire.

Carton jaune !, Didier Daeninckx et Asaf Hanuka, 1999, 52 planches.

Carton jaune ! est inspiré de l'histoire du boxeur Young Perez. Sauf qu'ici l'histoire est celle de Jacques Benzara, un jeune footballeur repéré à Tunis qui va devenir une star à Paris. Mais nous sommes à la fin des années 1930 et son avenir risque de s'ombrager...

Carton jaune ! est une BD assez anodine. Ça se lit mais, malgré un sujet grave, ça ne marque pas et cela manque quelque peu d'émotion et d'implication. Mais le problème principal n'est même pas là. Pourquoi Jacques Benzara et non Young Perez ? Pourquoi avoir inventé un personnage imaginaire, inspiré de, alors que l'histoire de Young Perez aurait, elle, eu d'emblée le parfum de l'Histoire et aurait certainement été plus marquante ? Une occasion ratée - un comble pour un attaquant de pointe.

(notez que d'autres, heureusement, ont depuis corrigé le tir et publié des BD sur Young Perez)