dimanche 20 avril 2014

Antoine Rouaud - La Voie de la colère

Fiche technique :

Titre : La Voie de la colère
Auteur : Antoine Rouaud
Date de première publication : 2013
Nombre de pages : 469
Taille de l'écriture : Moyenne

Série : Le Livre et l'épée
Tome : 1/3

Quatrième de couverture :

Le général Dun-Cadal fut le plus grand héros de l’Empire, mais il n’est plus aujourd'hui que l’ombre de lui-même, une lamentable épave au fin fond d’une taverne.
C’est là qu’une jeune historienne vient le trouver. Elle est à la recherche de l’Épée de l’Empereur, disparue dans le chaos des derniers jours de son règne, et que Dun-Cadal aurait cachée en un lieu secret.
Pour elle, le vieux guerrier va ressasser ses souvenirs de gloire et ses regrets amers, à commencer par sa rencontre avec ce garçon qui lui sauva la vie et fit sa fierté avant qu’ils ne basculent tous deux dans le drame et le tourbillon de l’Histoire.
C’est alors qu’un assassin sans visage se met à frapper au cœur de la République. Les fantômes du passé refont soudain surface, ravivant les anciennes rancœurs et la soif de vengeance d’un homme perdu sur la voie de la colère.

Mon avis :

   Un gros bandeau rouge. Une grande campagne promotionnelle. Des superlatifs à la pelle. C'est ainsi qu'est vendu La Voie de la colère, le premier roman d'Antoine Rouaud. Un tas de bonnes raisons pour ne pas le lire. Et pourtant, dans une période de grande mansuétude, j'ai fini par me lancer.

   J'avais beau m'être préparé à être déçu, à ne pas découvrir un livre aussi exceptionnel que ce qu'on avait voulu me vendre, les faits sont là : je m'attendais à mieux. Mon avis est peut-être légèrement biaisé par le battage qui a eu lieu autour, qui m'a fait faire une lecture avec un oeil très critique, à la limite du chipotage. La rançon de la gloire. Un peu de justice tout de même : ce n'est pas mal, c'est un bon livre. Mais pas au-dessus de ça.

   Avant tout, il faut que je parle de ce qui m'a peut-être le plus choqué dans ce livre : les introductions des chapitres. Ils commencent par une citation, ce qui se voit de temps à autre. Ce qui ne se voit pas par contre (en tout cas par moi), c'est que cette citation provient du livre en lui-même. Que cela soit dans le chapitre à venir, ou bien avant, ou bien après. Sans logique apparente. C'est... étonnant. Bref.

   Le début m'a fait penser à la Chronique du tueur de roi de Patrick Rothfuss. Pour deux points communs. Le premier, c'est la figure du héros qui est mise à mal, la grandeur qui ne se retrouve que dans les rumeurs mais bien moins dans la réalité. Le second, c'est la manière d'introduire le récit du passé, de lui donner une raison d'être raconté. Car le roman oscille sans cesse entre présent et passé.

   Cet incessant changement d'époque donne du rythme. Mais, alors qu'au début le changement était toujours introduit, par une discussion et une raison d'être, rapidement les flashbacks deviennent mécaniques, sortis de nulle part. Un peu comme si la bonne idée de départ s'avérait trop laborieuse à mettre en place jusqu'au bout. Ça m'a irrité plusieurs fois. Un autre problème sur la forme, c'est la répétition de l'intrigue du passé sous deux points de vue. La deuxième fois fut plutôt ennuyante, n'apportant pas grand chose, pas aidé par un personnage bien moins intéressant. Je pense avoir vu ce que l'auteur a essayé de faire et je trouve même l'idée bonne. Sauf que cela n'a pas fonctionné pour moi. Un problème de charisme, un manque d'attache et d'affection pour les personnages, et de superficialité - je vais y revenir.

   L'histoire est plutôt intéressante. Un vieil empire devenu une république après la révolution. Une historienne qui recherche les vestiges de cet empire, notamment l'épée de l'empereur. Et un livre qui contiendrait le destin des hommes. Pas de grands retournements de situation mais une histoire qui prend peu à peu de l'ampleur et parvient à évoluer. Ça monte vraiment en puissance au fil des pages et la fin est la meilleure partie. L'histoire et l'univers sont vraiment le point fort du livre (tout comme le titre qui est bien choisi et a du sens).

   Mais... Ça manque d'approfondissement. Ça manque de risque. Ça reste trop en surface des choses. Il y a pas mal d'axes de réflexion intéressants, que cela soit sur le système politique, sur la question du libre-arbitre, sur le contrôle de l'écriture,... Et cette dualité entre le livre et l'épée ! Et pourtant rien n'est développé, on reste sur sa faim alors que le potentiel est là.

   La Voie de la colère est le premier tome de la trilogie Le Livre et l'épée. Ce tome pourrait presque se suffire à lui-même : il resterait quelques questions en suspens mais on a vu des romans s'arrêter sur des fins plus ouvertes. Je n'ai aucune idée d'où nous emmènera la suite. Mais il y a du potentiel, c'est indéniable. Il ne reste plus qu'à le concrétiser.

3 commentaires:

Efelle a dit…

J'ai commencé à en entendre parler mais restais méfiant.
Visiblement c'est justifié.

Lorhkan a dit…

Il est sur ma PAL, acheté en occasion pour trois fois rien...

Les critiques sont parfois très bonnes, parfois plus réservées, mais il est vrai que la politique des "coups de coeur" de Bragelonne commence sérieusement à fatiguer et peut même faire fuir une partie du public...

En tout cas, le contexte semble plutôt original (c'est assez rare de placer une intrigue après une révolution qui a conduit à la mise en place d'une république), quant au fait que trop d'éléments ne soient que survolés, peut-être ce défaut sera atténué avec le développement des tomes suivants ?

A voir, mais je le lirai quand même, j'ai l'impression qu'il se parcourt quand même très facilement.

Baroona a dit…

@Efelle -> Il ne faut pas non plus totalement l'exclure d'être lu, mais il ne faut pas s'attendre au livre de l'année.

@Lorhkan -> Le contexte est original, je le reconnais. Mais il pâtit lui aussi du manque de développement. J'ose espérer que ce défaut sera corrigé dans la suite, mais ça ne changera rien pour ce tome là. ^^
Et effectivement, cela reste un livre très facile : facile à suivre et facile à lire.