dimanche 8 décembre 2013

Ted Chiang - La Tour de Babylone

Fiche technique :

Titre : La Tour de Babylone
Auteur : Ted Chiang
Date de première publication : 2002
Nombre de pages : 341
Taille de l'écriture : Moyenne

Quatrième de couverture :

Entre 1991 et 2002, Ted Chiang a écrit huit nouvelles (toutes réunies dans ce recueil). Ces textes, ciselés par un véritable surdoué, ont été récompensés par une kyrielle de prix littéraires. « La tour de Babylone », la première nouvelle publiée par l'auteur, a eu les honneurs du prix Nebula. « L'histoire de ta vie » a été récompensée par un autre Nebula et le Theodore Sturgeon Award. « Soixante-douze lettres » a été nominée au prix Hugo et a reçu le Sidewise Award. « L'enfer, quand Dieu n'est pas présent » a reçu les prix Hugo et Nebula.
On trouve ainsi au sommaire de ce recueil : deux brillantes uchronies, un thriller paranoïaque haletant, une histoire de deuil et d'anges, une rencontre avec des extraterrestres, une autre avec la post-humanité... Huit textes dont la somme dessine le potentiel hors du commun d'un auteur d'ores et déjà célèbre dans le monde de la science-fiction anglo-saxonne malgré son impardonnable manque de prolixité.

Mon avis :

   Ted Chiang est un auteur rare. Depuis 1990 et sa première nouvelle parue (La Tour de Babylone, justement), il a publié en tout et pour tout 14 nouvelles. De quoi être qualifié de rare, il me semble. Ce qui ne l'empêche pas de crouler sous les récompenses (Hugo, Nebula, Locus, ...). Intrigué, je me suis lancé dans la lecture du recueil La Tour de Babylone, qui regroupe les 8 premières nouvelles de l'auteur.

  La Tour de Babylone, la nouvelle, est la première à entrer en scène. Alors que le reste du recueil tiendra de la science-fiction pure, pour ne pas dire hard-science si j'étais sûr de ce que ça veut dire, ce premier texte s'en éloigne quelque peu. Comme son nom l'indique, il reprend le mythe de la Tour de Babel. Sauf qu'ici, la tour construite par les hommes atteint la voûte du ciel et des mineurs sont appelés pour creuser cette voûte. Improbable ? Délirant ? Absolument pas. Ted Chiang offre un premier texte très crédible et très visuel. La fin est un peu attendue, mais cela ne pose même pas de problème tant le déroulé de l'histoire est maîtrisé.

   Comprends est un techno-thriller. Un homme reçoit un traitement médical pour lui permettre de retrouver ses capacités mentales. Sauf qu'il finit par se retrouver avec une intelligence surhumaine (on pensera forcément à Des Fleurs pour Algernon, la suite sera différente) et est recherché par la CIA. Pendant que l'auteur va faire monter l'histoire pour poser la question de "Comment utiliser une intelligence supérieure ?", le narrateur va lui se demander "Comment communiquer efficacement ?", permettant d'aborder un thème qu'on reverra plus tard. La fin en laissera assurément certains perplexes, j'ai personnellement bien aimé.

   Division par zéro met en parallèle une histoire d'amour et une histoire de mathématiques. J'ai eu du mal à accrocher sur les passages les plus compliqués, ne comprenant que vulgairement ce qui est expliqué. Simplement pas fait pour moi.

   L'histoire de ta vie conte la rencontre entre des humains et des extraterrestres et comment une linguiste va essayer d'entrer en contact. Une superbe nouvelle qui m'a appris plein de choses sur la linguistique et sur les principes variationnels de physique, que l'auteur met en application dans la structure et l'écriture même de son récit. Un foisonnement d'idées mises à la portée de tous. Une belle réussite.

   Comme la précédente, les deux nouvelles suivantes ont un thème commun : la communication (avec tout ce que ça implique : la langue orale, la langue écrite, la compréhension mutuelle, ...), un thème qui semble cher à Ted Chiang. Soixante-douze lettres met en scène une société industrielle avec automates et golems d'argile, avec réflexions sur les noms d'un point de vue un peu plus religieux. L'Evolution de la science humaine est une nouvelle de trois pages sur un futur où les humains seraient scientifiquement dépassés par des méta-humains. Sentiment mitigé : il y a de bonnes choses dans ces deux textes, mais ils sont en dessous des précédents.

   L'Enfer, quand Dieu n'est pas présent est, comme son titre l'indique, une nouvelle sur la religion (un thème déjà aperçu auparavant), et plus précisément sur l'amour de Dieu. Des idées intéressantes, toujours, mais j'attends encore l'illumination qui me permettra d'apprécier ce texte.

   Enfin, alors que je commençais à perdre espoir, le recueil se termine avec Aimer ce que l'on voit : un documentaire. Un documentaire effectivement, puisque c'est une succession de prises de parole de différents intervenants qui débattent de la calliagnosie : la désactivation de la partie du cerveau qui juge la beauté corporelle. Ce texte est bon pour deux raisons. D'abord il apporte de la fraîcheur grâce à une narration différente qui donne un rythme idéal pour un échange d'idées. Et surtout le sujet en lui-même est excellent : comment la beauté nous influence t-elle ? peut-on s'en passer ? quels en sont les enjeux ? Un foisonnement d'idées et d'arguments sur un thème rarement abordé et très intéressant.

   Ajoutez à cela une sympathique postface où Ted Chiang explique le but qu'il a recherché avec chaque texte, et vous aurez compris que ce recueil est bon. Tous les textes ne m'ont pas emballé, les plus scientifiques m'ont été un peu difficiles, mais l'ensemble est convaincant. Je peux comprendre pourquoi l'auteur a une si bonne réputation : l'écriture est fluide, avec souvent la bonne dose d'histoire et d'éléments de réflexions/scientifiques. Un peu trop froide peut-être pour certains, mais l'essentiel ici n'est clairement pas les personnages. Malgré quelques thèmes plutôt récurrent, le renouvellement est au rendez-vous, et il y a forcément, parmi ces 8 nouvelles, des textes qui vous plairont.


Une participation de plus pour le JLNN.

Conclusion :

4/5 : À lire pour des textes copieux où il y a toujours quelque chose à apprendre. 

Rivers of Babylon by Boney M. on Grooveshark
Parce que malheureusement ce fut la première chanson en rapport avec Babylone qui m'est venue à l'esprit...

2 commentaires:

Vert a dit…

C'est étrange j'ai l'impression que tout le monde me parle de Ted Chiang en ce moment, je sais pas si je dois y voir un signe xD.

Baroona a dit…

Encore un coup de Griaule ça ! =O